Rouen

Théâtre des arts. Débuts de M. Bouchez dans l’emploi des premiers amoureux et de Melle Mutée dans les Dugazon.

A quelques coups de vent près, qui ont encore agité l’une des dernières représentations, l’orage parait s’être tout-à-fait calmé sur notre théâtre. M. Bouchez et Melle Mutée ont réussi dans leurs débuts. M. Bouchez est doué d’un extérieur agréable, qualité indispensable dans son emploi. Il possède l’intelligence de la scène à un dégré [sic] très-convenable. Son accent un peu méridional, et aussi le faible volume de sa voix, le serviront moins bien dans les grands rôles où il sera nécessaire de développer plus de moyens physiques que dans les rôles légers où le dialogue est tout familier ; son talent paraît d’ailleurs comporter plus de gaieté que de sérieux, plus de finesse que de sentiment. Le premier début de M. Bouchez offre la preuve de ce que nous disons. Il a joué passablement le rôle de Saint-Alme, dans l’Abbé de l’Epée, et a été passablement applaudi ; il a reparu immédiatement après dans le Secret du Ménage, et a réuni tous les suffrages, parce qu’en effet il a donné un rôle de Dorbeuil tout l’agrément dont il était susceptible, et que ce rôle est entièrement dans ses moyens et dans la direction de son talent.

Melle Mutée a de l’aisance, de la grace ; du naturel ; elle remplira avantageusement l’emploi dont elle s’est chargée, Son organe est flatteur, sa voix peu étendue, mais agréable. Peut-être pourrait-on reprocher à Melle Mutée un peu d’incertitude dans quelques intonations ; mais peut-être aussi que la crainte, inséparable des premières représentations, aura produit cette légère hésitation, et ce n’est point encore un défaut que nous reprochons à l’actrice. L’expérience nous mettra à même de former un jugement définit à cet égard.

Quoi qu’il en soit, nous pensons que l’acquisition des deux acteurs dont nous parlons est heureuse pour notre théâtre, sur-tout [sic] dans un moment où les sujets paraissent si rares dans tous les emplois.

Nous rendrons incessamment comptes des débuts de Melle More, qui s’annonce sous les plus heureux auspices.