“ Deep Purple ” absent “ Zoo ” a consolé le public

Les cinq Anglais étaient absents, samedi, au Havre, où ils étaient attendus ; ils n’étaient pas, dimanche, à Paris ; ils n’étaient pas non plus à Elbeuf, lundi, pour la première soirée du Festival de la région d’Elbeuf. Les amateurs français n’auront pas eu de chance avec le Deep Purple qui, déçu, disait-on, par l’accueil réservé reçu au cours des premiers concerts de sa tournée, était reparti pour l’Angleterre.

Et ce fut une grosse déception, lundi soir, pour les fans normands de pop-music qui étaient venus nombreux (plus de 1.000) au Cinéma-Théâtre, attirés par le seul nom du groupe, mondialement connu par ses disques. Les organisateurs avaient eu tout juste le temps de faire appel à l’un des meilleurs orchestres français, le “ Zoo ”. L’annonce de ce remplacement de dernière heure, consola un public de caractère aimable qui, après quelques remous, préféra la musique à l’émeute.

Promesses

Dans le calme, “ Transition ” assura, comme prévu, la première partie du concert. Dirigé par Christian Vander, ex-jazzman, excellent batteur et chanteur de Magma, l’un des groupes français les plus originaux, cet orchestre de cinq musiciens attaqua avec un morceau participant à la fois du rock and roll et du free jazz, un peu à la manière des “ Soft Machine ”.

Envoyée par un saxophone soprano folâtre, un guitariste à la curieuse sonorité de saxo, un pianiste “ free ”, propulsé par le jeu sèchement musclé du batteur, cette musique violente intéressait, et promettait plus qu’elle ne tint. Le groupe laissa en effet une place excessive au guitariste soliste, dont le jeu trop limité devint vite fastidieux par ses suites de clichés et de réminiscences maladroites (volontairement ?) de Jimi Hendrix, de Santana, ses tentatives de pastiche de musique classique.

Il y eut cependant quelques bons moments. Ainsi, après quelques gags provocateurs, visuels et sonores, les musiciens, laissant leurs instruments, entamèrent une partie vocale “ démente ”, dans un langage entièrement inventé par Christian Vander pour Magma. Ce vocal se termina par un époustouflant numéro de Vander, lançant ses onomatopées à la façon de coups de poing, déchaîné avec humour. C’est cet humour sans cesse présent chez le groupe qui fit passer, auprès du public, le côté souvent flottant de la musique, qui, avec une plus grande rigueur, aurait sans doute parut plus efficace.

Une grande précision

“ Zoo ”, dont le style ne possède pas le caractère de recherche de “ Transition ”, fut en revanche plus spectaculaire. Si sa musique n’apportait rien de bien nouveau, elle était d’une grande précision et d’une puissance remarquable pour un orchestre français.

Un batteur, un guitariste d’accompagnement, un pianiste-organiste-guitariste soliste, un bassiste, deux saxophonistes-violonistes composaient ce groupe que rejoignait parfois Ian Bellamy, excellent chanteur anglais, co-auteur de certains morceaux avec Michel Bonnecarère [sic], le guitariste.

S’inspirant à la fois des ensembles noirs de Memphis, par la chaleur de ses deux saxophonistes, et d’orchestres plus neufs tels que “ It’s A Beautiful Day et Flock ”, par la présence des violons, “ Zoo ” joua pour un public enthousiaste, flatté par l’aspect actuel de cette musique. Manifestement heureux de cet accueil, l’orchestre se défonça avec plaisir ; un long solo, sans génie, mais profondément sympathique, de l’un des violonistes, souleva la salle, comme le fit un peu plus tard le déchaînement du pianiste qui, après avoir coupé le souffle des auditeurs par la violence de ses accords, se lança dans un solo d’orgue hurleur qui se termina par la chute, imprévue et mortelle, de l’instrument.

D’un côté l’humour d’une musique parfois ambitieuse, de l’autre la sécurité efficace d’un style déjà éprouvé, ces deux tendances de la pop-music étaient assez bien représentées, lundi, au Cinéma-Théâtre d’Elbeuf.

Bruno Le Trividic.