Il fait en général un abus du port de voix. L’imitation de la manière de Duprez, ou le désir de montrer la force de certains sons le porte à toujours ralentir la mesure, surtout vers la fin des phrases. Le passage de la voix de poitrine à la voix de tête a besoin d’être beaucoup travaillé ; les notes de tête sont au reste de la plus grande beauté. Quelques sons du medium paraissent voilés et sourds, quand le chanteur néglige de leur donner le degré de force qui seul peut les faire sortir. Il se laisse aller assez volontiers à changer les conclusions des phrases, à faire des points d’orgue, à introduire des ornemens que les mélodies ne comportent pas et qui ne sont pas toujours de bon goût. On a beaucoup blâmé, avec raison, les petites appoggiatures qu’il ajoute à la phrase de l’air du quatrième acte, "J’avais à ton bonheur voué ma vie entière." Cette progression de grupetti de deux notes liées diatoniquement est du plus mauvais style : c’est vieux, commun, et cela défigure la mélodie. Il dit beaucoup trop largement la phrase "la couronne du martyr" qui prend, en soutenant ainsi les quatre notes qui la composent, l’aspect d’une suite de points d’orgues, au lieu d’un dernier élan mélodique qui veut être jeté largement, mais en mesure et sans traîner la voix. Marié a voulu encore, dans cet air, prendre un si aigu au lieu du sol écrit par le compositeur. Ce changement, mauvais en soi, et qui rien ne peut en tout cas autoriser, n’avait pour but, comme je l’ai déjà remarqué dans un autre endroit, que d’étaler une belle note : puis, en voulant la pousser trop fortement, la voix s’est rompue et le chanteur a ainsi compromis le succès de son principal morceau. Le mieux est ennemi du bien, mais le pis l’est davantage.

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