Société philharmonique.

Le concert organisé hier soir par la Société philharmonique méritait, il faut bien le dire, d’être mieux accueilli par la population. Non pas que l’assistance réunie à la salle Siblequin ne fût nombreuse : il y avait là beaucoup de monde et de gens distingués ; mais j’aurais voulu qu’il y eût foule compacte et serrée, une vraie fête publique pour Mme Carvalho, et voilà pourquoi je ne suis pas content.

Mme Carvalho est l’une de nos plus gracieuses et délicates cantatrices. Ce qui la distingue parmi ses fameuses compagnes de gloire, c’est la parfaite pureté, c’est le fini, l’extrême souplesse du chant. Elle perle ses notes avec beaucoup de facilité et d’art. Ses vocalises sont brillantes, toujours justes et d’une enivrante harmonie. Elle parcourt les gammes chromatiques les plus compliquées et les plus savantes avec aisance et naturel, sans paraître se ressentir du moindre effort. Mais ce qui est, sans contradiction possible, son mérite le moins disputé, la qualité transcendante de son admirable organe, c’est la douceur et le mœlleux avec lequel elle franchit les registres les plus dissemblables, en un mot c’est l’art des transitions porté à son expression la plus onctueuse, la plus grave !... Dans les régions élevées le son augmente d’intensité et s’échappe plus clair, aigu quelquefois, métallique. L’organe de Mme Miolan n’est peut être pas doué d’une grande étendue . Il n’étonne pas par la puissance de ses proportions, il charme par ses accents mélodieux. C’est surtout dans la romance des Noces de Figaro que Mme Miolan a été applaudie. L’air de la Somnambule, et l’air d’Actéon, ont été aussi chantés avec beaucoup de pénétration et de finesse. L’Ave Maria a été bissé.

À côté de Mme Miolan, se tenait Sighicelli, l’un de nos plus habiles violonistes. M. Sighicelli connaît toutes les arcanes de la science musicale. Son archet est sûr, prodigieusement expérimenté. Son jeu est plus correct que large, son trait plus net que hardi. Il a exécuté le Tremolo, de Bériot, aux applaudissements unanimes des auditeurs.

Maintenant dire que M. Guilmant a tenu dignement sa place entre Mme Carvalho et M. Sighicelli, c’est là le plus généreux et le plus grand éloge qu’on puisse adresser à cet artiste d’un mérite aussi éclatant que modeste. L’harmonium, à qui sa nouveauté et sa ressemblance avec l’orgue, dont il est le frère, défendait encore en maintes occasions l’accès aux concerts, est un instrument qui se transforme en quelque sorte quand une main habile et inspirée comme celle de M. Guilmant fils se pose sur son clavier. Alors, une âme semble vibrer dans les chants larges, graves et imposants qui s’en expriment ! M. Guilmant a été chaleureusement accueilli par le public.

L’orchestre, si consciencieusement dirigé par M. Chardard, a exécuté avec ensemble et avec régularité les ouvertures du Lac des Fées et des Chaperons Blancs d’Auber. Aussi plusieurs salves d’applaudissements y ont-elles répondu.

Et maintenant, merci à la Société philharmonique qui par ses efforts éclairés, son dévouement et son patriotisme, ménage à notre population, à nos dilletantes reconnaissants et à nos étrangers des plaisirs si délicieux.

Un ami de l’art.