Le deuxième concert populaire de la troisième série, n’a pas cédé au concert du dimanche précédent. Nous y avons entendu cette célèbre page : Les Saisons, d’Haydn. Le compositeur a déployé dans ce morceau toute la finesse et toute la grâce dont ses compositions sont empreintes. Interprété par MM. Closon, Dunkler, Lefort et Séjourné fils, il ne pouvait manquer d’être bien rendu. La variation pour violoncelle a été dite par M. Dunkler avec un sentiment exquis.

Nos symphonistes marchent toujours vers le progrès ; on voit qu’ils ont à cœur de composer un orchestre comme la ville d’Angers est digne d’en posséder un. Nous nous sommes cependant aperçus de quelques lacunes regrettables parmi les instrumentistes.

Pour terminer avec la partie instrumentale, avant d’arriver à nos jeunes artistes parisiens, parlons du septuor, l’œuvre capitale du concert.

Ce grand septuor de Hummel, ce grand artiste que l’Allemagne vénère encore (pardon de la digression), avait été composé dans sa jeunesse. Il fut le cauchemar de Beethoven pendant sa vie durante [sic], et probablement cause que ce compositeur nous ait donné son pendant. Il a été exécuté d’une façon très brillante par Mlle Colomiati, MM. Dunkler, Closon, etc. Mlle Colomiati a lancé ses traits avec une sûreté et un aplomb très remarquables. Quant au style et au goût dont elle a fait preuve dans son exécution, nous n’en sommes pas étonnés, quant [sic] nous, pauvres dilettantes, nous nous rappelons la manière magistrale avec laquelle M. Hetzel, son professeur, nous jouait ce morceau il y a quelques vingt ans. Le public a prouvé toutes ses sympathies à cette jeune virtuose. Inutile d’ajouter d’autres compliments, et nous disons courage.

M. Hetzel nous fait marcher de surprise en surprise ; après M. Cazaux il nous a été donné d’entendre M. Huet, un des premiers ténors du Théâtre Lyrique. Ce jeune artiste a enlevé son public après les couplets de Rigoletto. Chaleureusement applaudi, il a été obligé de revenir.

Il a dit avec infiniment de goût et de style sa cavatine de Faust.

Dans ses duos, il a été plein de verve et d’entrain avec sa charmante partner [sic].

Dès son apparition sur l’estrade, Mlle Ducasse a été accueillie par des bravos unanimes.

La fatigue du voyage, dans cette saison rigoureuse, aurait pu arrêter toute autre cantatrice que cette jeune fille dont l’énergie a su dominer la situation.

Elle a dit avec beaucoup de chaleur et de goût sa romance de la Fille du régiment, qui lui a valu, comme les morceaux précédents, le rappel.

Il est impossible de mettre dans le rôle de Rose, du duo des Dragons de Villars, plus de sentiment, de délicatesse et d’esprit.

Aussi je puis dire à nos jeunes artistes, avec le public, qui ne me démentira pas, je l’espère, non pas adieu, mais au revoir.

Pour la chronique de l’Ouest, Eugène Joly.