Avant-dernier concert Pasdeloup.

On le voit, ces magnifiques séances musicales touchent à leur terme ; c’est aujourd’hui que doit avoir lieu la dernière. Le programme du concert donné hier était bien fait pour tenter la curiosité des dilettanti. La première partie de la 9e symphonie de Beethoven, et surtout le Désert, de Félicien David, étaient le great attraction de la séance.

Nous ne citerons que pour mémoire la magistrale ouverture de Ruy-Blas, de Mendelssohn, enlevée avec une maestria sans égale ; la phrase, un peu courte, mais savamment orchestrée du Souvenir de Lisbonne, de Saint-Saëns, dont la délicieuse exécution a eu les honneurs du bis ; enfin un largo de Haendel, dans lequel le hautbois de M. Gillet a rendu des sons d’une pureté, d’une douceur inexprimables et que l’on a également voulu entendre une seconde fois.

La neuvième symphonie, ou “symphonie avec chœurs” dont nous avons entendu la première partie, est la seule dans laquelle Beethoven ait pratiqué l’adjonction des voix aux instruments ; c’est à l’Ode à la joie, de Schiller, qu’il a demandé le sujet de cette vaste conception.

La première partie ne comprend absolument que des pages symphoniques d’une grande puissance, mais nous devons le dire aussi, au risque d’être traité de profane, d’une grande difficulté ; si M. Pasdeloup devait rester encore quelques jours parmi nous, nous n’hésiterons pas à lui demander une seconde audition de cette partie, qui nous permettrait d’apprécier comme elle le mérite cette musique sublime ; peut-être le prierions-nous de nous faire entendre la symphonie tout entière. Mais hélas ! cette audition sera sans doute la dernière.

Si l’œuvre, dans son ensemble, nous a semblé difficile à comprendre à première vue, elle n’est pas d’une moins grande difficulté d’exécution ; aussi n’avons-nous pas trouvé, sous ce rapport, la même unité et la même perfection que dans les symphonies précédentes ; le public a dû partager notre impression, car il s’est montré moins enthousiaste qu’à l’ordinaire.

Nous avons eu l’occasion d’entendre le Désert, de Félicien David, dans d’excellents conditions, il y a environ cinq ans, aux concerts populaires de Sainte-Cécile. Hier, les conditions étaient incontestablement supérieures ; la musique si vraie, si vivante, si pittoresque de ce compositeur éminemment français, a retrouvé son succès d’autrefois. M. Pasdeloup avait joint à son orchestre la société chorale du Cercle lyrique, et comme soliste M. Lubert, le ténor si justement apprécié du public bordelais.

Bien qu’il ne parût pas en parfaite possession de ses moyens, M. Lubert a fort agréablement soupiré l’Hymne à la nuit et enlevé avec chaleur le Chant du muezzin ; le hautbois a une partie très importante dans l’œuvre de Félicien David ; c’est à M. Gillet qu’elle était confiée. Avons-nous besoin d’ajouter que cet excellent artiste s’y est fait chaleureusement applaudir ?

Les chœurs se sont tirés à leur honneur de la tâche qui leur incombait ; ce sera, croyons-nous, une belle page dans les annales du Cercle lyrique que cette soirée passée à côté des musiciens de M. Pasdeloup et sous les ordres de l’habile chef des Concerts populaires.