Théâtres, concerts et fêtes

Hier soir, l’orchestre des concerts Pasdeloup a donné son avant-dernière audition. Il y avait beaucoup plus de monde qu’aux précédents concerts. Était-ce le Désert, de Félicien David, qui avait attiré les dilettantes ? L’ode-symphonie du maître français formait, en effet, la seconde partie du programme, et M. Lubert devait y chanter.

Le concert a commencé par la splendide ouverture de Ruy-Blas, de Mendelssohn très applaudie. Puis est venue une page poétique et gracieuse de Saint-Saëns, Souvenir de Lisbonne, qui a été bissée à la demande générale. Un largo pour hautbois, d’un sentiment profond, de Haendel, a également été bissé. M. Gillet a joué avec une expression vraie, avec le goût le plus sûr, le solo de hautbois ; il a obtenu le plus vif succès.

Cette première partie du programme s’est terminée par une des œuvres les plus puissantes du grand génie musical des temps modernes, la neuvième Symphonie (première partie) de Beethoven. Nulle part plus que là peut-être le sublime rêveur n’a mis tout ce que son âme contenait de tendresses, de désirs ardents vers l’idéal. Cette œuvre était exécutée pour la première fois hier soir à Bordeaux ; les beautés sans nombre qu’elle renferme ont ravi les auditeurs. Les vrais amants du beau sauront gré à M. Pasdeloup de leur avoir fait entendre cette page divine du grand Beethoven.

Le Désert, nous l’avons dit, formait la seconde partie du concert. Les musiciens de M. Pasdeloup ont rendu à merveille tout ce que la partition du maître contient de poésie, de rêverie, d’originalité. Le vaste silence du désert, le calme de l’immense solitude, que vient tout à coup troubler la tempête ; l’Hymne à la nuit, d’une inspiration si élevée et qui évoque si bien le désert grandiose, avec son ciel parsemé d’étoiles brillantes ; la danse des Almées, si vive et si pittoresque, etc., etc., tout cela a été exécuté supérieurement par les artistes que leur éminent chef conduit avec tant d’autorité.

On connaît la voix ferme et fraîche de M. Lubert. Notre jeune ténor bordelais avait été chargé de la partie de chant ; sa voix, déjà puissante, à laquelle il a su donner hier soir beaucoup de souplesse, s’est déployée largement dans les deux morceaux qu’il avait à chanter. L’Hymne à la nuit a été rendu par lui avec beaucoup de goût.

M. Beckers s’était chargé de la tâche ingrate de déclamer la poésie passablement banale de M. Collin ; il l’a fait sans tomber dans l’emphase et s’est acquitté de cette tâche en homme de tact.

La société chorale le Cercle lyrique, sous la direction de M. Legros, membre de la Société, remplaçant M. Labragne, directeur, absent, a chanté les chœurs avec beaucoup d’ensemble.

Ce soir mardi, dernier concert Pasdeloup, pour les adieux de M. Pasdeloup et de son orchestre. Nous publions le programme du concert à la quatrième page.

Nous sommes certains que les nombreux amateurs de musique de notre ville se rendront en foule au Grand-Théâtre, donnant ainsi aux artistes de M. Pasdeloup et à leur vaillant chef un témoignage de reconnaissance pour les soirées vraiment artistiques qu’ils ont données depuis un mois.