Chronique musicale.

Le concert du comité des fêtes de bienfaisance.

Les affaires du comité des fêtes de bienfaisance sont, dit-on, en pleine prospérité, grâce au zèle et à l’activité de toutes les personnes qui s’en occupent, et qui ont pris à cœur la réussite de cette entreprise, à laquelle la cause de l’art musical a été si intelligemment unie à celle de la bienfaisance. Les membres du comité, après avoir si heureusement fait choix d’un concert pour leur fête annuelle et en avoir assuré le succès artistique en le confiant au bon sens et à l’habileté de Pasdeloup, en dirigent maintenant l’organisation matérielle. Les dames patronnesses activent de leur gracieux patronage, le placement des billets, que doivent rendre facile le but philanthropique de cette solennité et l’attrayante composition du programme :

Nous avons fait connaître les chefs-d’œuvre que doit exécuter l’harmonieuse phalange dirigée par Pasdeloup avec une si chaleureuse conviction d’artiste, admirateur inspiré du grand maître. Les noms de Beethoven, Mendelssohn, Weber, Meyerbeer, Rossini, parlent irrésistiblement à tous ceux qui aiment la vraie, la grande, la belle musique. Le jury du Conservatoire, en décernant le premier prix de violon à Montardon, élève de Charles Dancla, s’est chargé de recommander le jeune virtuose-lauréat au monde dilettante. Mais dans les noms qui figurent sur ce beau programme, il en est un qui n’est pas aussi connu qu’il mériterait de l’être, et c’est un devoir pour nous de lui donner une notoriété biographique de quelques lignes, qui est bien due à sa vie si courte et si bien occupée, ainsi qu’à ses estimables ouvrages. Nous voulons parler de l’auteur de l’ouverture des Joyeuses Commères de Windsor.

Otto Nicolaï est né à Kœnigsberg en 1809. Après avoir reçu dans sa ville natale une éducation musicale des plus soignées, il se rendit en Italie en 1834, pour étudier les modèles de cette sublime école, et il demeura deux ans à Rome, où il fut l’élève du célèbre abbé Baini, pour l’étude de l’œuvre, pour l’étude de l’œuvre de Palestrina. Il visita ensuite quelques grandes villes d’Italie et fut appelé à Vienne, en 1839, comme chef d’orchestre de l’opéra de la cour. Peu de temps après, il écrivit, à Trieste, son premier opéra, Enrico II, et en 1840, à Turin, il composa le Templario, qui fut joué sur toutes les scènes italiennes et commença sa réputation. Il donna encore à Milan, en 1841, Odoardo a Gildippa et Il Proscritto. Puis il vint reprendre sa place de chef d’orchestre du théâtre de la cour à Vienne, où il resta jusqu’en 1848. À cette époque, un engagement l’attira à Berlin, pour y diriger l’orchestre du théâtre, et c’est là qu’il écrivit son chef-d’œuvre, l’opéra allemand les Joyeuses Commères de Windsor, dont l’ouverture a toujours produit beaucoup d’effet dans les concerts Pasdeloup, qui l’ont mise en lumière. Nicolaï est mort en 1849, quelque jours après ce triomphe, qui devait lui en assurer d’autres sur la scène lyrique.

Nous avons voulu que nos lecteurs qui assisteront mardi au concert de bienfaisance sussent à quoi s’en tenir sur la valeur de ce compositeur distingué, dans l’œuvre duquel ils reconnaîtront un certain cachet de la manière rossinienne, de la mélodie, de la distinction et une orchestration brillante.