Chronique musicale.

Second concert populaire au Havre. — M. Pasdeloup. — Son orchestre. — Piatti.

Dimanche, la population havraise n’a pas cessé d’être en émoi. Dans la journée, les régates ; le soir, le second concert Pasdeloup. Le Havre est toujours la ville du mouvement, du luxe, des plaisirs ; mais cette fois son aspect était encore plus animé. Du matin au soir, ce dimanche a été une fête splendide et qui laissera des souvenirs. Ceux de la soirée seront, sans doute, les plus vifs : c’était du nouveau, de l’imprévu pour les Havrais que d’assister à ces solennités classiques et populaires que Paris a inventées, dont Paris raffole, et dont Rouen, jusqu’à présent, avait été seul à savourer les délices musicales.

Nous avons décrit l’impression produite par le premier concert ; nous avons à dire que le second avait attiré la même foule et a excité le même enthousiasme. Le public a été plus chaleureux encore, plus ému, plus expansif. À son entrée sur l’estrade, lorsqu’il  est venu prendre sa place au pupitre magistral, M. Pasdeloup a été accueilli par une triple salve d’applaudissements.

Nous ne retracerons pas ici les effets sympathiques renouvelés par cette admirable musique si admirablement exécutée. L’ouverture de Freischütz la Symphonie pastorale, l’Hymne d’Haydn, redemandée ; le final de la deuxième [sic] symphonie d’Haydn, bissé par acclamation ; l’Invitation à la valse, le septuor de Beethoven, l’ouverture de Guillaume Tell, tous ces chefs-d’œuvre ont été rendus avec une verve, une énergie, une délicatesse de détails, un entraînement indicibles, et ce soliste multiple, ce virtuose aux mille doigts, l’orchestre de M. Pasdeloup, a eu tous les triomphes, toutes les ovations que peut prodiguer un auditoire en délire.

M. Piatti, l’élégant et brillant violoncelliste, a su trouver encore une grande et belle part d’applaudissements en jouant avec un goût parfait et une bravura du meilleur goût une fantaisie de sa composition sur des mélodies italiennes.

À la fin de la soirée, rappel unanime de M. Pasdeloup et dernière ovation au fondateur et à l’infatigable propagateur des concerts populaires de musique classique, et, au milieu de tous ces bravos adressés à M. Pasdeloup, ce cri répété et bien significatif : “Un troisième concert !”

Mais il n’est pas possible de répondre à ce vœu tout artistique : les orchestrants de M. Pasdeloup sont réclamés à Paris par l’Opéra et par les beaux concerts dont ils sont les indispensables charmeurs, dont le public de Paris ne saurait se passer. Ce troisième concert est donc remis à une autre époque, et nous espérons bien que le prochain voyage de M. Pasdeloup commencera, ainsi que le premier, par notre bonne ville de Rouen, qui a si chaleureusement salué l’inauguration de ces harmonieuses excursions.

Ce problème, qui paraissait insoluble, il y a quelques jours encore, est donc résolu. Il est possible de partir de Paris avec 74 musiciens, donner en province des concerts de musique classique et uniquement instrumentale, et, avec plus de 8 000 fr. de frais, être en bénéfice, après deux concerts donnés en deux jours ! Voilà ce qui vient de se passer au Havre et ce que nous sommes heureux de signaler.