Cirque Sainte-Marie.

Deuxième concert donné par les artistes des Concerts populaires de Paris sous la direction de M. Pasdeloup.

Commençons par rectifier une erreur qu’une faute de correction nous a fait commettre dans le compte rendu du concert donné samedi. Nous voulions dire “parmi les notabilités qui assistaient à cette fête musicale” et l’on nous a fait écrire : Les notabilités musicales, pour désigner des personnes qui ont assez de titres à la plus honorable notoriété sans qu’il soit nécessaire d’y joindre celle de la musique pour laquelle il leur suffit de montrer beaucoup de goût et de sympathie.

Comme le premier jour, l’exécution a été admirable et le succès complet et enthousiaste. L’ouverture de Sémiramis de Rossini a été enlevée. La symphonie pastorale, cette magnifique composition de Beethoven a été exécutée avec une perfection au-dessus de tous les éloges. Nous en dirons autant de L’Invitation à la valse de Weber orchestrée par Berlioz. Les fragments des septuors de Beethoven ont mis en relief le talent de MM. Leroy, Mohr et Villaufray, de même que la parfaite exécution de l’orchestre qui a terminé la séance par le ravissant finale de la 29e symphonie d’Haydn.

C’est vraiment une bien belle chose qu’un orchestre composé de tant d’artistes de talent : tous possèdent le mécanisme de leur instrument, tous nuancent avec un goût exquis, on dirait qu’ils n’ont qu’une âme, tant leur expression se manifeste avec ensemble ; aussi rien n’est perdu. Les détails infinis de cette musique fouillée apparaissent avec une clarté si grande, qu’ils ressortent et se montrent avec tout le charme que leur a donné le génie qui les a écrits.

Le public écoutait, se délectait et applaudissait avec chaleur cette belle musique qui se révélait à lui d’une manière si brillante.

M. Sivory a excité la plus vive admiration dans sa fantaisie qui est une composition tout à fait distinguée, et, comme la veille, l’enthousiasme a été indescriptible au morceau de La Clochette, de Paganini, dont il a joué le terrible adagio avec une perfection, une finesse et une pureté de style que lui seul possède aujourd’hui. L’allegro a fait fanatisme, on ne cessait point d’applaudir, et deux rappels successifs et immédiats ont couronné ce morceau. Le public n’était pas seul à applaudir, les musiciens de l’excellent orchestre battaient des mains, et ce n’est pas un mince succès que de mériter les bravos d’artistes si habiles, de connaisseurs si accomplis, et qui apprécient si bien la valeur du vrai talent. M. Sivory, nous n’en doutons pas, emportera de notre ville un bon souvenir, et celui qu’il y laissera sera aussi durable que vif.

À la fin du concert le public a décerné à M. Pasdeloup une ovation des plus chaleureuses, et c’était justice. C’est à M. Pasdeloup que notre ville doit d’avoir été initiée à une parfaite exécution des chefs-d’œuvre de l’art. Il peut joindre cette propagation à celle de ses concerts de Paris qui popularisent la grande musique. C’est là une noble mission dont l’Empereur a reconnu toute la valeur, tout le mérite, en nommant l’année dernière M. Pasdeloup chevalier de la Légion d’honneur.

Les dates des 18 et 19 juin marqueront dans l’histoire de la musique à Rouen. Ces dates ouvrent une ère nouvelle pour nous. Vienne la construction d’une salle assez vaste pour recevoir beaucoup d’auditeurs à prix réduits, et notre cité, voisine de Paris, verra venir à elle les plus nombreuses phalanges musicales de la capitale.

À propos de salle de concert, le bruit court qu’il est question d’en construire une sur le terrain qui existe entre le square Solferino et la tour Saint-Laurent. Nous ne savons pas au juste ce qu’il y a de réel dans ce projet ; mais dans la cas affirmatif, nous croyons que c’est là une idée qui ne pourrait donner que des résultats insuffisants pour les besoins et les aspirations de notre époque.

Dans un prochain article nous développerons les raisons qui nous font parler ainsi. En attendant, terminons en adressant encore tous nos compliments à M. Pasdeloup, à son vaillant orchestre, à l’illustre Sivory et à tous ceux qui ont participé à ces deux solennités, sans oublier M. Poitevin qui avait, ma foi, décoré avec beaucoup de goût le cirque Sainte-Marie.

Malliot.