Cirque Sainte-Marie

Concert donné par les artistes des Concerts populaires de Paris, sous la direction de M. Pasdeloup, MM. Sivori et Leroy.

Quelle admirable musique ! Quelle parfaite exécution, quel succès d’enthousiasme et combien les auditions de concerts si beaux élèvent le goût et lui donnent de nobles aspirations ! Aussi nous commençons par remercier M. de Pasdeloup [sic], l’organisateur hardi, plein de foi dans le pouvoir de la belle musique, et qui ose entreprendre ce qui avant lui n’avait jamais été tenté à Rouen : il nous a amené un magnifique orchestre et il nous a fait entende des œuvres magistrales qui ne font jamais retentir les échos de notre ville. Merci à l’harmonieuse phalange de virtuoses qui interprètent avec une si grande perfection et un aussi chaleureux amour de leur art, les chefs-d’œuvre des grands maîtres. Mais le temps nous presse, et nous arrivons au compte rendu de ce brillant concert.

La salle du cirque était remplie par la réunion la plus brillante que nous ayons jamais vue rassemblée dans une fête musicale à Rouen. Les dames en toilette y étaient en majorité. Parmi les notabilités musicales qui assistaient à cette fête, on remarquait le général Renaud, M. le préfet et M. le maire de Rouen. À son arrivée au pupitre, M. Pasdeloup a été chaudement accueilli. Puis, à son signal, l’orchestre a attaqué, point la symphonie en ut mineur, mais l’ouverture de La Dame blanche. C’était un hommage des plus délicats rendu à l’illustre maître dont nous sommes fiers à juste titre. L’exécution a été parfaite et suivies de plusieurs salves d’applaudissements.

Quelle magnifique création que cette symphonie en ut mineur ! Combien est profonde l’admiration qu’elle fait naître dans le cœur des auditeurs ! Les artistes de la société dirigée par M. Pasdeloup ont interprété cette œuvre avec netteté, une variété de nuances, un style et un entraînement irrésistibles. L’allegro brillant, l’andante ravissant et le puissant final ont été couverts de bravos.

L’Hymne de Haydn a été dit avec une délicatesse exquise et a causé le plus indicible ravissement. L’ouverture d’Oberon si poétique, si passionnée, a soulevé les bravos de la salle entière. Le Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn a excité un vif intérêt. Le scherzo surtout est ravissant et l’exécution a été d’une pureté, d’un fini irréprochables. La marche est brillante : mais nous lui préférons le Scherzo. /Le quintette de Mozart, joué par M. Leroy, clarinettiste, et par les instruments à cordes, est une suave et touchante composition où se révèle le génie de l’illustre maître, il a été délicieusement interprétée. M. Leroy est un virtuose bien remarquable : qualité de son puissante et sympathique, style plein de noblesse, sont des qualités qu’il nous a mis à même d’apprécier dans ce morceau et qui lui ont valu un rappel.

Nous avons réservé M. Sivori pour terminer ce compte rendu. Nous n’hésitons pas à le placer en tête de tous les violonistes de notre temps. Exquise manière de chanter. Justesse parfaite, sûreté extraordinaire, exécution éblouissante, style magistral, entraînement sont les qualités à l’aide desquelles il subjugue et électrise son auditoire.

Il a joué hier admirablement la première partie du concerto de Paganini qui lui a valu un premier rappel, et dans le morceau de la Clochette il a obtenu un succès d’enthousiasme qui s’est manifesté par des triples salves de bravos et par un rappel. C’est le cas de dire avec vérité qu’il a fait fanatisme.

Nous n’avions jamais rien entendu de si accompli depuis Paganini. M. Sivori a eu les honneurs de ce concert, le plus beau, le plus magnifique que nous ayons entendu à Rouen.

Aujourd’hui, à deux heures, aura lieu un deuxième et dernier concert dont le programme est encore plus intéressant que le premier ; aussi nous engageons notre public à ne point perdre cette unique occasion qui lui est offerte d’aller goûter les charmes de la musique dans ce qu’elle a de plus grand, de plus beau, de plus ravissant et de mieux exécuté.

Malliot.