Chronique musicale.

Concerts Pasdeloup.

Nous avons plus d’une fois signalé les exploits artistiques de M. Pasdeloup et de son brillant orchestre à Paris. Tout récemment, en rendant compte du festival Beethoven, auquel nous avions assisté, nous étions heureux d’annoncer que Rouen aurait probablement bientôt la bonne fortune d’entendre une de ces merveilleuses manifestations de musique instrumentale et classique. Nos prévisions se sont promptement réalisées, et déjà nous avons donné les magnifiques programmes des deux concerts de musique classique que les artistes des concerts populaires de Paris, sous la direction de M. Pasdeloup, avec le concours de MM. Sivory, Leroy et Mohr, donneront, le samedi 18 courant, à huit heures du soir, et le lendemain dimanche, à deux heures, dans la salle du cirque Sainte-Marie.

On ne saurait imaginer des programmes plus attrayants et à la fois plus artistiques. À M. Pasdeloup le don de savoir propager les œuvres classiques, les chefs-d’œuvre des maîtres, en charmant les auditeurs en même temps qu’il les instruit. Telle est l’action sympathique qu’il exerce à Paris sur les milliers de dilettantes dont il a deviné l’existence et dont chaque jour il augmente le nombre ; ses six mille adeptes de tous les dimanches arrivent au Cirque Napoléon tout heureux de ce que leur annonce l’affiche de M. Pasdeloup, qui, après trois heures de vives émotions, les renvoie plus heureux encore de tout ce qu’ils ont entendu.

C’est que rien de plus beau que les œuvres dont M. Pasdeloup fait choix pour ses concerts, c’est que rien de plus éloquent que l’interprétation de ces œuvres par le jeune et entraînant orchestre dirigé par M. Pasdeloup.

Les concerts populaires de Paris, importés à Rouen, doivent avoir leur succès parisien. Nous ne craignons pas d’atténuer leur effet par nos éloges. Est-il possible de trop vanter Sivori, le roi des virtuoses, l’héritier et l’unique interprète de Paganini ? Dans le Concerto et dans la Clochette de Paganini, que lui seul sait jouer avec tous les prestiges réunis de la grâce, de l’expression et de la bravoure, Sivori sera encore au-dessus de ce que nous aurons pu dire des merveilles de son violon enchanté. M. Mohr n’est-il pas le premier corniste de notre époque, comme M. Leroy en est le clarinettiste le plus habile et dont le talent a le plus de charme ?

Ces virtuoses d’élite interprétant la musique de Mozart et de Beethoven, l’orchestre de M. Pasdeloup exécutant les deux plus belles symphonies de Beethoven, l’Hymne de Haydn, et le finale de sa 29e symphonie ; l’ouverture de Sémiramis, de Rossini ; l’ouverture d’Oberon, de Weber, et l’Invitation à la Valse, ce délicieux rondo pour le piano que Berlioz a si brillamment orchestré, et le Songe d’une nuit d’été, de Mendelssohn : voilà, sans doute, de quoi réaliser tous les plaisirs, toutes les jouissances musicales qu’on peut promettre aux souscripteurs qui, nous n’en doutons pas, viendront en foule remplir le cirque Sainte-Marie et applaudir MM. Sivori, Leroy, Mohr, l’orchestre de M. Pasdeloup, et tant de chefs-d’œuvre de l’art musical.

Amédée Méreaux.