Le Théâtre des Arts de Rouen inauguré le 30 septembre 1882 remplace l’établissement ayant péri par les flammes le 25 avril 1876 après un siècle d’existence. Son activité se poursuit jusqu’à l’incendie qui le détruit partiellement le 9 juin 1940. Bien qu’envisagée, sa restauration n’est pas entreprise avant la « Semaine rouge » et les bombardements des 30 et 31 mai 1944 qui en achèvent la destruction. Pendant cinquante-huit saisons, commençant autour du 1er octobre et s’achevant à la fin du mois d’avril, le Théâtre des Arts présente au public rouennais un répertoire constitué presque exclusivement d’œuvres lyriques.

Dossier en cours de réalisation :

complet du 30 septembre 1882 au 31 décembre 1910 et du 14 octobre 1912 au 6 avril 1914.

Contexte historique

Le 30 septembre 1882, le Théâtre des Arts renaît de ses cendres à l’emplacement même où le précédent bâtiment avait péri par les flammes six ans auparavant. Édifice rectangulaire abritant une salle de conception à l’italienne et d’une contenance de 1 611 places (puis 1 535 à partir de 1897), le Théâtre des Arts se situe dans la norme des constructions de l’époque, à l’exception du démesuré Palais Garnier inauguré, à Paris, en 1875. Son activité se poursuit presque sans interruption (les saisons lyriques sont suspendues pendant la Première Guerre mondiale mais le théâtre accueille de nombreux et très variés spectacles) jusqu’à l’incendie qui le détruit partiellement le 9 juin 1940.

Les directeurs successifs du second Théâtre des Arts, au cours de son existence (1882-1940) et plus largement depuis l’origine de cette institution inaugurée en 1776, s’appuient, entre autres, sur les répertoires de l’Opéra de Paris et de l’Opéra-Comique pour concevoir leurs saisons. Aux partitions presque toutes composées après 1800 qu’ils utilisent soir après soir (une saison compte environ deux cents représentations entre octobre et avril), ils ajoutent, au fur et à mesure de leur « validation » dans la capitale et avec un retard plus ou moins grand, des nouveautés comme Carmen (Bizet) en 1883 – néanmoins créée à Rouen au Théâtre-Lafayette en 1880 pendant la reconstruction de la salle – et Lakmé (Delibes) en 1887. Les opéras de Gounod et de Verdi, entrés au répertoire dans les années 1860-1870, sont rejoints par les chefs-d’œuvre de Massenet. Venu assister à la première du Cid le 17 mars 1888 et à celle d’Hérodiade le 12 décembre 1888, Massenet dirige lui-même la première rouennaise de Manon le 28 février 1887, avant que ne soient représentés Werther et Thais en 1893 et 1899. Après la modification de l’article 15 du cahier des charges de 1890, c’est l’opérette qui s’invite au Théâtre des Arts : si les œuvres d’Offenbach et Lecocq ont déjà été programmées, en jouant sur l’ambiguïté des mots « opéra-comique » ou « opéra-bouffe », le genre est officiellement accueilli au Théâtre des Arts le 5 octobre 1890 avec la première représentation de La Mascotte d’Audran. Quant au Pelléas et Mélisande de Debussy, créé à l’Opéra-Comique en 1902, il attendra 1922 pour atteindre Rouen. En réalité, en matière de théâtre lyrique, Paris donne le la ! Rouen s’accorde ! La centralisation française fonctionne à merveille. Les ouvrages ayant réussi sur les scènes de la capitale partent à l’assaut des estrades départementales. L’inverse fait figure d’exception. On en compte quelques-unes à Rouen notamment au cours des saisons 1889-1890 et 1890-1891 qui permettent aux Rouennais de découvrir, entre autres, trois ouvrages lyriques majeurs que l’Opéra de Paris n’a pas encore admis à son répertoire : Samson et Dalila de Camille Saint-Saëns, Salammbô d’Ernest Reyer et Lohengrin de Richard Wagner, auxquels d’autres, moins significatifs, s’ajoutent, comme Velleda du Rouennais Charles Lenepveu en 1891 ou Calendal d’Henri Maréchal, d’après une œuvre de Frédéric Mistral, en 1894. Le corpus « Théâtre des Arts de Rouen (1882-1940) » a notamment vocation à permettre une approche plus fine de cette description.

Sources et protocole

« Théâtre des Arts de Rouen (1882-1940) » repose sur une source unique, la rubrique « Spectacles » du Journal de Rouen, dans laquelle figurent, tous les jours de la semaine (le plus souvent p. 3 ou p. 4), les annonces des spectacles présentés dans les théâtres rouennais. Le Journal de Rouen est le seul quotidien local en activité sur l’ensemble de la période. La partie des annonces  consacrée aux programmes du Théâtre des Arts a fait l’objet d’une transcription systématique. Sauf exceptions liées à des dossiers particuliers, les comptes rendus du Journal de Rouen n’ont pas été reproduits. De même, les annonces et comptes rendus figurant dans les autres quotidiens rouennais actifs sur tout ou partie de la période, n’ont pas été transcrits.

Bibliographie indicative

Jules-Édouard Bouteiller, Histoire complète et méthodique des théâtres de Rouen, Rouen, Giroux et Renaux, 1860, 532 p.

De Bayreuth à Rouen, images de R. Wagner : 1883-1983, Rouen, Imprimerie administrative de la Seine-Maritime, 1983, 149 p.

Joann Élart, Catalogue des fonds musicaux anciens conservés en Haute-Normandie, tome I : Bibliothèque de Rouen/vol. 1 : Fonds du Théâtre des Arts (xviiie et xixe siècles), Rouen, Publications de l’Université de Rouen, 2004, 538 p.

Joann Élart et Yannick Simon (dir.), « Le Théâtre des Arts de Rouen au temps de Claude Monet », Normandie impressionniste (magazine éphémère), 1 (avril 2013), 27 p.

Robert Eude, Petite histoire du Théâtre des Arts, Rouen, IMRO Éditions, 1963, 108 p.

Henri Geispitz, Histoire du Théâtre de Rouen, 1882-1913 (d’après le manuscrit de M. Ch. Vauclin), Rouen, Lestringant, 1913, 344 p.

Henri Geispitz, Histoire du Théâtre de Rouen 1913-1940, Rouen, Lecerf, 1951, 310 p.

Christian Goubault, La Musique, les acteurs et le public au Théâtre des arts de Rouen, 1776-1914, Rouen, Centre régional de documentation pédagogique, 1979, 119 p.

Christian Goubault, La vie musicale à Rouen de 1830 à 1914, thèse de doctorat, Université de Paris IV, 1977, 991 p.

Clair Rowden, « Decentralisation and Regeneration at the Théâtre des Arts, Rouen, 1889-1891 », Revue de musicologie, 94/1 (2008), p. 139-180.

Loïc Vadelorge, Rouen sous la IIIe République. Politiques et pratiques culturelles, préface de Jean-Pierre Chaline, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2005, 446 p.

Charles Vauclin, Histoire du Théâtre. Répertoire alphabétique et date de chacune des représentations de toutes les œuvres lyriques jouées au Théâtre des arts du commencement du xixe siècle au 14 juillet 1912, Bibliothèque municipale de Rouen, Ms. g 91 (6).

Pour citer ce dossier

Yannick Simon (dir.), « Théâtre des Arts de Rouen (1882-1940) », Dezède [en ligne]. dezede.org/dossiers/id/7/ (consulté le 22 septembre 2017).