Ce dossier décrit l’ensemble des spectacles de danse organisés au Théâtre des Arts de Rouen entre 1962 et 1997, qui ont été désignés sous différentes appellations : gala chorégraphique, spectacle de ballet et création chorégraphique. Les danseurs sont principalement issus du corps de ballet du Théâtre des Arts. D’autres proviennent de compagnies de danse extérieures comme les Centres Chorégraphiques Nationaux, ou de troupes étrangères. Si la plupart des spectacles ont lieu au Théâtre, certaines représentations sont données dans d’autres salles. Dès les années 1990, certains ballets s’effectuent dans la salle Saint-Saëns du Théâtre des Arts. Pour la saison “hors les murs” de 1991-1992, la programmation est déplacée au Hangar 23 pour cause de travaux. À partir de 1996, la plupart des œuvres chorégraphiques sont programmées à la salle Duchamp-Villon à Grand-Quevilly.

Historical context

Dans la seconde moitié du xxe siècle, outre les chœurs et l’orchestre, le corps de ballet occupe une place essentielle au sein des Théâtres lyriques municipaux de France, et particulièrement à Rouen, où son histoire peut être découpée en trois périodes.

La première période de 1962 à 1975 est placée sous la direction de trois maîtres de ballet : Béatrice Mosena (1962-1965), Christian Foye (1965-1970) et Jean-Pierre Ruffier (1970-1975). Leurs travaux s’inscrivent dans la veine du ballet imposant hérité de l’époque romantique dans la première moitié du xxe siècle. Le corps de ballet est constitué en moyenne de dix-huit filles et cinq garçons, tous âgés de moins de vingt-cinq ans. Le planning prévoit trois services de répétition par jour et des spectacles toutes les semaines. Le ballet est très présent dans les opéras et les opérettes, mais il apparaît également lors de soirées spécialement consacrées à la danse, les « galas chorégraphiques », à raison de quatre spectacles par saison. C’est la carte blanche du maître de ballet, qui peut choisir de reprendre des extraits issus des grands classiques, ou d’innover en adoptant des styles chorégraphiques dans l’ère du temps. Régulièrement, le Théâtre des Arts invite des étoiles comme Juan Giuliano, Jacqueline Rayet, Lucien Duthoit ou encore Liane Daydé, pour interpréter les rôles solistes des grands ballets du répertoire et attirer le public. Le répertoire est à la fois « classique », avec des extraits de ballets romantiques, mais également moderne de par les créations des maîtres de ballet sur des musiques de leur temps. Le corps de ballet possède un rythme de représentation hebdomadaire avec cinquante-cinq spectacles de danses pures contre cent quarante-trois participations à des œuvres lyriques.

La deuxième période se situe entre 1975 et 1989, avec quatre maîtres de ballet : Juan Giuliano (1975-1977), Béatrice Mosena (1977-1982), Jean-Pierre Toma (1982-1986) et Jacques Dombrowski (1986-1989). Le nombre de danseurs oscille entre dix-sept et vingt, mais les hommes sont plus nombreux qu’avant, voire aussi nombreux que les femmes. Les maîtres de ballet proposent un programme varié avec des créations chorégraphiques innovantes, tout en gardant les grands ballets du répertoire. Le ballet apparaît un peu moins sur scène avec quarante-six spectacles de danses pures et quatre-vingt-une participations à des spectacles lyriques. On invite toujours des étoiles mais seulement pour les grands rôles de ballet du répertoire et pour les opéras. Les maîtres de ballet confient davantage de rôles à leurs danseurs en mettant en valeur leurs personnalités et leurs aptitudes. Par mesure d’économie, l’orchestre n’accompagne plus toujours les spectacles de ballet, les danseurs utilisant alors une bande sonore. Au début des années 1980, Luc Martin, membre du corps de ballet, crée un syndicat afin de protéger les danseurs des licenciements illégaux, mais aussi afin d’obtenir des indemnités pour l’achat de paires de pointes pour les femmes.

La troisième et dernière période, plus courte, s’inscrit entre 1989 et 1997, avec deux maîtres de ballet : Sylvie Clavier (1989-1992) et Philip Lansdale (1992-1997). Il s’agit d’une période de renouveau brutal à tout point de vue. Entre le départ de Jacques Dombrowski et le mandat de Sylvie Clavier, une quinzaine de danseurs sont licenciés illégalement pour renouveler l’effectif. Le Théâtre privilégie des danseurs plus jeunes car ils sont plus malléables et polyvalents. En 1992, Marc Adam, le nouveau directeur de la maison, décide d’effacer progressivement le corps de ballet des œuvres lyriques et de diminuer la production d’opérette dans la programmation. Parallèlement, Philip Lansdale « booste » les spectacles de danse avec cinquante-cinq représentations contre vingt-trois apparitions dans des productions lyriques. Il innove en développant la danse contemporaine dans le corps de ballet, en invitant des chorégraphes comme Karine Saporta, ainsi que les compagnies implantées dans les Centres Chorégraphiques Nationaux. C’est un choc pour le public qui déserte peu à peu le Théâtre à partir de 1995 et fait chuter les recettes. La ville souhaite renouveler le fonctionnement et la programmation du Théâtre des Arts afin de répondre à une demande plus large et afin de démocratiser l’institution théâtrale. Mais le corps de ballet coûte trop cher et ne présente aucun projet artistique pérenne compte tenu des avancées esthétiques et chorégraphiques de la fin du xxe siècle. Finalement, la régie municipale est supprimée au profit d’un nouveau projet musical régional, « Léonard de Vinci ». Après de nombreuses discussions, pétitions et manifestations, l’orchestre, les chœurs et le ballet sont licenciés en décembre 1997.

Sources and protocol

Les sources utilisées pour réaliser ce dossier sont les programmes de salle et les brochures de saisons du Théâtre des Arts. Elles proviennent de collections personnelles d’abonnés, d’anciens danseurs du Théâtre et des Archives municipales de Rouen. Pour certains spectacles et pour compléter nos informations sur les danseurs et les rôles, nous avons exploité la presse locale, Paris-Normandie et Liberté-dimanche, à partir des exemplaires conservés aux Archives départementales de Seine-Maritime.

Select bibliography

Naomie Charlier, Le corps de ballet du Théâtre des Arts de Rouen de 1962 à 1997, master de musicologie, dir. Joann Élart, université de Rouen Normandie, 30 septembre 2019, 300 p.

To cite this dossier

Naomie Charlier (ed.), «Les spectacles de danse au Théâtre des Arts (1962-1997)», Dezède [online]. dezede.org/dossiers/id/280/ (consult the Nov. 28, 2021).