Fondée par le chef d’orchestre Charles Lamoureux (1834-1899), la Société de l’Harmonie sacrée contribue, au cours de sa brève existence, à faire connaître à Paris les grandes œuvres pour solistes, chœurs et orchestre de Bach et de Händel.

Historical context

Violoniste à l’Opéra, fondateur d’une société de musique de chambre, Charles Lamoureux se lance dans la direction d’orchestre dans les années 1860 avant d’être nommé second chef de l’orchestre de la Société des concerts du Conservatoire en 1872. S’inspirant des exemples de Ferdinand Hiller à Cologne et de Michael Costa à Londres, il forme un orchestre et un chœur avec lesquels il donne une première série de six auditions au cirque des Champs-Élysées à Paris entre décembre 1873 et février 1874. Elles sont consacrées au Messie de Haendel (dans l’adaptation de Ferdinand Gasse puis dans la traduction de Victor Wilder). Fort du succès de cette première expérience, Lamoureux propose, en mars et avril 1874, trois auditions de la Passion selon saint Matthieu de J. S. Bach (traduction de Charles Bannelier). En juillet 1874, il fonde la Société française de l’Harmonie sacrée dont il a emprunté le titre à Michael Costa (Sacred Harmonic Society). En novembre et décembre 1874, Lamoureux présente à quatre reprises Judas Machabée de G. Fr. Händel (traduction de Victor Wilder), puis en janvier 1875, trois reprises du Messie. Au cours des trois concerts suivants, il donne à entendre deux œuvres contemporaines : Gallia de Charles Gounod et Ève de Jules Massenet. Les trois derniers concerts de la Société sont les seuls organisés en dehors du cirque des Champs-Élysées : les deux premiers à Rouen dans le cadre des fêtes du centenaire de Boieldieu et le dernier à Paris en l’église de la Trinité. Deux nouvelles œuvres contemporaines viennent enrichir le répertoire de la Société : l’Hommage à Boieldieu d’Ambroise Thomas et la Messe solennelle de Louis Boieldieu, fils de l’auteur de La Dame blanche.

Même si Lamoureux n’est pas le premier à faire entendre à Paris des oratorios du xviiie siècle, les vingt-trois concerts de la Société de l’Harmonie sacrée constituent une étape importante dans la diffusion de ce répertoire en France. Appelé à prendre la direction de l’orchestre de l’Opéra-Comique en 1876, Lamoureux met un terme aux activités de la Société de l’Harmonie sacrée. En s’appuyant sur cette première expérience, il créera en 1881 la Société des nouveaux concerts — plus connue sous le titre de Concerts-Lamoureux.

Sources and protocol

Ce dossier a été constitué à partir, d’une part, des affiches et programmes de salle du fonds Adolphe Jullien (conservé à la Bibliothèque historique de la ville de Paris) et du fonds de programmes conservé à la Bibliothèque-Musée de l’Opéra et, d’autre part, des annonces et comptes rendus du Ménestrel.

Select bibliography

Élisabeth Bernard, Le concert symphonique à Paris entre 1861 et 1914 : Pasdeloup, Colonne, Lamoureux, vol. 1 : Historique des associations, thèse de doctorat (3e cycle), Université de Paris I, 1976, p. 38-42.

Élisabeth Bernard, « Société de l’Harmonie sacrée », Dictionnaire de la musique en France au xixsiècle, Joël-Marie Fauquet (dir.), Paris, Fayard, 2003, p. 1153-1154.

Ernest Deldevez, La Société des concerts, 1860-1885, 1re éd. 1887, nouvelle éd. présentée et annotée par Gérard Streletski, Weinsberg, Musik-Edition Lucie Galland, 1998, 377 p.

Donna Marie Di Grazia, Concert Societies and their Choral Repertories, c.1828-1880, Ph.D. diss., Washington University, St Louis, 1993, p. 341-355.

Joann Élart, « Le centenaire de Boieldieu à Rouen en 1875 », Le Théâtre des Arts au temps de Claude Monet, Joann Élart et Yannick Simon (dir.), Normandie impressionniste (magazine éphémère), n°1 (avril 2013), p. 4-8.

Katharine Ellis, « A tale of Two Societies : Class, Democratisation and the Regeneration of Early Choral Musics in France, 1861-74 », Les sociétés de musique en Europe, 1700-1920. Structures, pratiques musicales, sociabilités, Hans Erich Bödeker et Patrick Veit (dir.), Berlin, Berliner-Wissenschafts-Verlag, 2007, p. 269-305.

Katharine Ellis, Interpreting the Musical Past : Early Music in Nineteenth Century France, New York, Oxford University Press, 2005, 298 p.

Yannick Simon, « Le fonds Adolphe Jullien conservé à la Bibliothèque historique de la ville de Paris », Fontes Artis Musicae, 61/2 (April-June 2014), p. 138-151.

To cite this dossier

Yannick Simon, «Société de l’Harmonie sacrée (1873-1875)», Dezède [online]. dezede.org/dossiers/id/78/ (consult the June 27, 2019).