Ce dossier rassemble 219 concerts* rock organisés en Seine-Martime, choisis dans un corpus de 4621 événements établi par Thomas Bacquet (doctorant à Chung-Ang University) à partir du dépouillement du Paris-Normandie qu’il réalisa dans le cadre de son master soutenu en octobre 2009 à l’université de Rouen et intitulé Le Rock en Haute-Normandie entre 1968 et 1977 à travers les annonces du Paris-Normandie (sous la direction de Joann Élart, 2 t., 87 p. + 234 p.) La sélection proposée souligne les aspects les plus remarquables de la diffusion du rock en Seine-Maritime entre 1968 et 1977, dans les limites de ce que donne à lire l’édition rouennaise du Paris-Normandie, et en particulier, la présence de groupes étrangers ou parisiens et l’émergence d’une scène locale.

Les principes méthodologiques utilisés par Thomas Bacquet étaient alors ceux du groupe de recherche sur l’histoire du concert en France conduit par Patrick Taïeb et Hervé Lacombe dans les années 2000. Cette annexe constituait ainsi le premier Répertoire de Programmes de Concert en France (RPCF) consacré à l’histoire du rock. Nous étions en 2009 et Dezède n’existait pas encore ; mais comme l’architecture de Dezède repose justement sur la méthode RPCF étendue à tous les types de spectacles, le corpus de Thomas Bacquet trouve enfin ici un support éditorial qui puisse rendre toutes les subtilités d’un tel ensemble.

* L’annexe comportait à l’origine 213 concerts, auxquels ont été adjoints 6 concerts cités dans les sources publiées.

Historical context

Suite à l’essoufflement de la mouvance yéyé des sixties et de ses « idoles », les transformations sont multiples après Mai 68 et le début des années soixante-dix s’ouvrent à de nouvelles expériences. L’émergence de médias consacrés au rock, tant à la télévision qu’à la radio, ainsi que d’une presse spécialisée, est désormais en phase avec les nombreuses ramifications de la famille rock. Les phénomènes liés à ce changement d’époque sont également perceptibles en Haute-Normandie, particulièrement dans les agglomérations de Rouen et du Havre. On les retrouve à l’échelle de la presse locale, dont le volume d’écrits relatifs au rock, entre 1968 et 1977, et particulièrement au sujet de la scène régionale, augmente abondamment d’année en année.

La démocratisation du rock va de pair avec une urbanisation progressive de sa diffusion. D’un début de décennie où cohabitent pop music et bals en milieu rural, on s’oriente vers une diffusion du rock recentrée sur les agglomérations, avec l’inuguration de nouvelles structures musicales. Les logiques événementielles et les modes de concert sont, pareillement, en pleine mutation : multiplication des festivals, interactions culturelles des domaines artistiques, ou encore concerts et ateliers pédagogiques en milieux scolaire ou universitaire, la diversité musicale liée au champ du rock n’a de cesse de s’étendre. La lecture des comptes rendus rend souvent le cadre improvisé dans lequel pouvaient être organisés ces concerts, programmés dans des lieux improbables où l’on cherche une prise de courant, où il faut installer un système de sonorisation mal adapté au lieu. Ce développement musical profite parallèlement de celui des commerces de proximité comme les disquaires, les enseignes de locations de matériel et d’instruments, ou tout simplement les bars-tabac qui font également office de billetterie.

Les seventies sont, en ce qui concerne le rock, un carrefour de genres musicaux, et les principaux représentants de chaque courant – Soft Machine, Family ou Van Der Graaf Generator pour le rock progressif ; Eddie and the Hot Rods et Dr Feelgood pour le pub rock ; Scorpions pour le hard rock ; Nico et les Flaming Groovies pour les groupes « acides » américains ; The Clash, les Talking Heads et les Ramones pour le punk ; etc. – viennent se produire en Haute-Normandie, en empruntant l’axe Londres-Paris et en passant par Le Havre et Rouen. La région n’est pas non plus en reste de concerts de groupes français, notamment lorsque ceux-ci s’exportent en Angleterre ou veulent jouer en province. Tandis que précédemment le rock en Haute-Normandie était restreint à des formations dont les répertoires présentaient peu de créations originales, il apparaît désormais plusieurs scènes locales authentiques, dont les exemples les plus frappants restent les Rotomagus, Little Bob Story et les Dogs. Face à l’émergence d’un tel paysage musical et de structures de diffusion spécifiques – disquaires et associations entre autres –, l’absence d’un véritable lieu consacré au rock dans l’agglomération rouennaise devient vite une préoccupation centrale. Du Cirque Boulingrin à la Salle Sainte-Croix-des-Pelletiers, les tentatives sont nombreuses pour implanter une salle faisant autorité dans ce domaine. Ce sera finalement le cinéma Les Chartreux qui s’imposera comme le « Temple du rock » rouennais, en devenant l’Exo 7 en 1983.

Sources and protocol

Dépouillement exhaustif de l’édition rouennaise de Paris-Normandie entre le 1er janvier 1968 et le 31 décembre 1977, tiré de l’annexe de Thomas Bacquet, Le Rock en Haute-Normandie entre 1968 et 1977 à travers les annonces du Paris-Normandie, mémoire de master sous la direction de Joann Élart soutenu à l’université de Rouen en octobre 2009, 2 t. (87 p. + 234 p.)

Mise en ligne, relecture, corrections, compléments, indexation (individus, groupes, lieux), autorités des groupes, discographie des artistes et des groupes cités (Discogs) par Joann Élart.

Aucune harmonisation n’a été opérée dans la transcription diplomatique des sources, à l’exception des majuscules accentuées. Toutes les incohérences et graphies fautives sont signalées par un “ [sic] ”.

Select bibliography

Catherine Laboubée, Too Much Class... Dogs, l’histoire, Rouen, éditions La Belle Saison, 2013.

Richard Louapre, Les années rock en Haute-Normandie (1958-1968), Rouen, PTC, 2002.

To cite this dossier

Joann Élart and Thomas Bacquet, «Rock en Seine-Maritime : des Yéyés au Punk (1968-1977)», Dezède [online]. dezede.org/dossiers/id/15/ (consult the July 23, 2019).