Il s’agit d’abord de traquer les représentations d’opéra-comique et d’opéra bouffe (1830-1930) au XXIe siècle en France. Le corpus fermé d’oeuvres concernées exclue à peu près le répertoire pris en main par les baroqueux (de Grétry à Boieldieu) et évite l’opérette dont les créateurs sont encore en vie (e.g. Nicole Broissin) pour se concentrer sur un ensemble d’ouvrages français sur lesquels un regard particulier est porté ; c’est l’hypothèse de départ, celle qu’il s’agit de documenter, de renseigner et d’approfondir. Notre objectif est de dresser un tableau des circonstances dans lesquelles sont programmées ces oeuvres mixtes (théâtre parlé et chanté) et de réfléchir à leur statut de patrimoine vivant, à leur proximité de ton avec le quotidien ou la désuétude de leur propos telles que perçues par le public contemporain.

Les compagnies lyriques indépendantes se tournent volontiers vers des raretés ou des oeuvres multiples au sein d’une même soirée, tant pour fonder l’intérêt de productions aux moyens limités que pour établir une identité artistique qui n’est pas définie par une logique d’institution. De fait, ces spectacles lyriques en français couvrent des lieux et des publics partiellement en dehors du giron des maisons d’opéra.

Cependant, on pourrait rapprocher ce phénomène des "rumeurs" de l’Opéra Comique, des Révisez vos classiques de l’opéra de Rennes ou des versions piano dans le foyer de l’opéra de Marseille : autant de petits formats permettant d’entendre une oeuvre rare (en parallèle d’une oeuvre phare programmée dans la grande salle) ou destinés à rayonner en tournée régionale.

Il paraîtrait coupable de négliger les fréquentes occurrences des opérettes en tant que production-école dans les conservatoires. C’est aussi une manière de mesurer l’écho des quelques redécouvertes parmi le corps enseignant, la façon dont on cherche à transmettre une tradition, en phase avec une activité professionnelle future et/ou des expériences passées.

Sources et protocole

Aucune fédération comparable à la rof, l’afo, la femis ou la fevis ne regroupe les petites compagnies lyriques amateures ou semi-professionnelles dispersées sur le territoire. Tout au plus existe-t-il une revue (L’Opérette) qui publie chaque trimestre des annonces et des comptes rendus. Le dépouillement systématique de cette source en parallèle d’un travail de collecte auprès des responsables artistiques des structures plus ou moins éphémères devrait permettre de réunir une quantité d’information sans précédent sur la vie des genres légers en France.

Une autre difficulté vient du fait qu’en dehors des collections d’affiches et de programmes de salles, en général non déposées dans une institution de conservation, les archives de ces compagnies sont le plus souvent exclusivement virtuelles, et les sites qui les hébergent sujets à disparaître lorsque l’activité s’interrompt. Ce dossier est donc à la fois l’occasion d’expérimenter une relation à des sources périssables mais proches de nous, et de sauvegarder durablement la mémoire d’une partie de la vie musicale française au XXIe siècle.

Les comptes rendus, dans la presse en ligne ou papier témoignent souvent de l’attachement des musicographes nationaux à des oeuvres et des compositeurs qui, pour une part, étaient davantage programmés sur les grandes scènes à l’époque de leur jeunesse. Une étude lexicographique de cette nostalgie ou de cet intérêt parfois exprimé en dépit de réserve, de regrets voire de critiques acerbes sur le spectacle auquel ils assistent sera permise par la mise en relation de nombreux articles transcrits.

Bibliographie indicative

En ce qui concerne l’histoire du spectacle lyrique en France, notre travail vient compléter en partie le corpus des programmes consultables dans la base Mélisande sur le portail de la Réunion des Opéras de France, pour lesquels des événements et distributions devraient être consultables dans l’interface Planetopera à l’horizon 2019. Les distributions, non signalées pour les spectacles ici répertoriés, y seront en revanche systématiquement saisies, afin de procéder à une exploitation des données susceptibles de mettre au jour des emplois français dans la deuxième partie du XXe siècle.

Pour citer ce dossier

Pierre Girod, « 10 ans d’opéra-comique en région : géographie physique et symbolique de la programmation », Dezède [en ligne]. dezede.org/dossiers/id/241/ (consulté le 16 août 2018).