Un si petit dossier pour un si grand génie, pourrait-on penser. Car sont rassemblés en tout et pour tout les cinq concerts organisés par Joseph Legros au Concert Spirituel dans lesquels Mozart est à l’affiche durant son troisième et dernier séjour à Paris entre avril et septembre 1778. Il ne l’est d’ailleurs pas vraiment dans le premier d’entre eux, le 12 avril 1778, mais nous avons cru bon d’ajouter ce concert qui constitue le point de départ de cette tournée parisienne ayant très mal commencé.

Historical context

Le dernier voyage de Mozart à Paris en 1778 constitue un véritable moment charnière dans la carrière du compositeur. Il cherche à gagner son indépendance et compte y trouver les moyens d’un affranchissement durable. Tout est écrit pour que l’expérience parisienne soit des plus heureuses. Ses précédents voyages à Paris ont permis de constituer un réseau de relations dans la société parisienne parmi les personnes les plus influentes. Par ailleurs, son séjour à Mannheim, où il réside avant son départ pour Paris, le rapproche des musiciens professionnels de l’orchestre de la Cour, qui lui apportent nombre de conseils sur la situation du marché de la musique à Paris. Pourtant, le bilan de l’activité de Mozart à Paris est loin d’être à la hauteur de ses espérances : Mozart n’obtient aucun engagement pour produire un opéra et honore uniquement quelques commandes destinées au Concert Spirituel, qui se comptent sur les doigts d’une main. Le bilan s’alourdit avec une série d’incidents qui place définitivement ce séjour parmi les souvenirs les plus sombres et les plus douloureux de la vie de Mozart, sur le plan affectif (décès de sa mère) et sur le plan artistique (l’épisode de la Symphonie concertante), expériences malheureuses touchant profondément le cœur et l’esprit.

Répondant à la commande de Joseph Legros, Mozart compose tout d’abord la Symphonie concertante pour flûte, hautbois, basson et cor K 297B pour le concert du 12 avril 1778. Remplacée au dernier moment par celle de Cambini, elle déclenche chez Mozart, à peine arrivé à Paris, une vexation telle qu’il tourne le dos à la principale institution de concert de la capitale, même si le 21 avril, un air italien est chanté par Gaspero Savoi peut-être indépendamment de sa présence à Paris. Les musicologues (Mozart, Correspondance, VII, p. 411, no 1073/13) pensent qu’il pourrait s’agir de l’air pour ténor « Se al labbro mio non credi » K. 295 que Mozart avait composé à Mannheim le 27 février 1778 pour Anton Raaff, également présent à Paris à cette époque et par ailleurs à l’affiche de ce concert. Deux mois plus tard, acceptant les excuses de Joseph Legros, Mozart reçoit une nouvelle commande pour une symphonie : ce sera la 31e symphonie K 297/300a, exécutée pour la première fois le 18 juin, et reprise au concert du 15 août avec un nouveau second mouvement. Enfin, peu avant son départ, il livre une nouvelle symphonie pour l’affiche du concert du 8 septembre. Les mêmes musicologues (Mozart, Correspondance, VII, p. 412, no 1073/33) estiment qu’il pourrait s’agir de la Symphonie perdue K. 311A (voir lettre de Mozart à son père, le 11 septembre 1778, 350/6), “symphonie fantôme” dont nous ne savons rien et qui réapparaît les années suivantes au Concert Spirituel.

Sources and protocol

Le corpus réunit un choix de périodiques parisiens, qui constituent les sources primaires de cette reconstitution : l’Almanach musical, les Annonces, affiches et avis divers, les Avis divers, mais surtout le Courrier de l’Europe, le Journal de Paris et le Mercure de France riches en annonces et en comptes rendus. Par ailleurs, chaque concert renvoie à la bibliographie, en particulier à l’annexe des concerts publiée dans l’ouvrage de Constant Pierre.

Select bibliography

Joann Élart, « Retour sur le séjour de Mozart à Paris (1778) », in Jean Gribenski et Patrick Taïeb (dir.), Mozart et la France : de l’enfant prodige au génie (1764-1830), Lyon, Symétrie, 2014, p. 21-38.

Jean Gribenski, « Mozart, Wolfgang Amadeus », in Marcelle Benoit (dir.), Dictionnaire de la musique en France aux xviie et xviiie siècles, Paris, Fayard, 1992, p. 484-486.

Jean Gribenski, Catalogue des éditions françaises de Mozart (1764-1825), Hildesheim-Zürick-New York, Olms, 2006, 419 p.

Wolfgang Amadeus Mozart, Correspondance, Paris, Flammarion : t. II (1777-1778), 1987 ; t. III (1778-1781), 1989 ; t. VII (notes de voyages, etc.), 1999.

Constant Pierre, Histoire du Concert Spirituel (1725-1790) [1900], Paris Société française de Musicologie, 2/2000, 372 p.

To cite this dossier

Joann Élart (ed.), « Mozart au Concert Spirituel en 1778 », Dezède [en ligne]. dezede.org/dossiers/id/379/ (consulté le Dec. 2, 2020).