Ce dossier réunit de manière exhaustive les programmes de concerts d’orchestre, en partie ou totalement dirigés par Maurice Ravel, du 27 mai 1899 au 25 novembre 1934, soit un total de 77 programmes.

Le plus souvent, Maurice Ravel n’était invité à diriger qu’une –voire deux ou trois- de ses œuvres par concert. C’est uniquement lors d’une tournée en Scandivanie en février 1926 et lors de la tournée nord-américaine de janvier à avril 1928, qu’il fut amené à diriger l’intégralité du programme de treize concerts dans huit villes différentes : à Copenhague le 2 février 1926 et à Stockholm le 11 février 1926 ; aux États-Unis, onze concerts dans six villes différentes (Cambridge le 12 janvier 1928, Boston les 13 et 14 janvier 1928, Chicago les 20 et 21 janvier 1928, Cleveland les 26 et 27 janvier 1928, San Francisco les 3 et 5 février 1928, New York les 8 et 11 mars 1928), à la tête de cinq orchestres différents (Boston Symphony Orchestra, Chicago Symphony Orchestra, Cleveland Orchestra, San Francisco Symphony Orchestra, New York Philharmonic).

Il est important de noter que de nombreux concerts de la tournée européenne de 1932 visant principalement à donner la primeur du Concerto pour piano et orchestre (Concerto en sol) furent radiodiffusés, à commencer par le concert de création de ce chef-d’œuvre le 14 janvier 1932. Sauf exception (à Londres et Berlin, villes où seule une œuvre de Maurice Ravel était au programme, le Concerto pour piano et orchestre, à Vienne où le Bolero fut dirigé par Clemens Krauss), durant cette tournée, Maurice Ravel dirigea à chacun de ces concerts le Concerto pour piano et orchestre (avec le dernier mouvement systématiquement bissé) ainsi que le Bolero. Pour le 22e et dernier concert de 1932 de la tournée conjointe de Maurice Ravel et Marguerite Long, à Bâle, le 10 décembre 1932, exceptionnellement, le Concerto en sol ne fut pas dirigé par l’auteur mais par Felix Weingartner, Maurice Ravel dirigeant uniquement son Bolero.

Est inclus dans ce dossier un concert exclusivement radiophonique, du 4 avril 1933, à la salle de l’ancien Conservatoire, non ouvert à la location, au cours duquel Maurice Ravel dirigea La Valse.

Si l’on peut déjà s’étonner de voir Maurice Ravel diriger le Bolero aux Concerts Pasdeloup le 25 novembre 1934, sachant son état de santé, l’annonce dans la presse, un an plus tard, que le Bolero serait donné « sous la direction de l’auteur » aux Concerts Pasdeloup le 24 novembre 1935 ne fut pas concrétisée et c’est Albert Wolff qui dirigea l’intégralité du programme, que nous excluons volontairement de ce dossier. Ce dossier ne regroupe que les concerts effectivement placés en partie ou en totalité sous la direction de Maurice Ravel.

Sont également exclus de ce dossier les programmes de concerts de musique de chambre et récitals au cours desquels Maurice Ravel eut l’occasion de diriger son septuor Introduction et Allegro ou ses Trois Poèmes de Stéphane Mallarmé pour voix et petit ensemble.

Sont aussi écartées de ce dossier les auditions privées que constituèrent les sessions d’enregistrement d’œuvres d’orchestre de Maurice Ravel, sous sa direction, sous sa supervision ou en sa présence, et nous renvoyons, sur le sujet, aux publications de Jean Touzelet.

Méthodologiquement, les programmes sont toujours donnés avec toutes les autres œuvres éventuelles de Maurice Ravel, ou orchestrées par lui, qui y figurent.

Idéalement, les programmes sont donnés de manière complète. Dans le cas d’œuvres d’autres compositeurs absentes de Dezède, les informations pourront être complétées ultérieurement.

Autre choix méthodologique : pour les comptes rendus de spectacles vivants, qu’ils soient consultables en ligne sur des sites libres d’accès, comme par exemple Gallica (BnF), ou non, dans la mesure du possible, leur transcription est effectuée dans Dezède, au minimum pour ce qui concerne les œuvres de Maurice Ravel ou orchestrées par lui.

Précision : partout dans le dossier, Bolero est orthographié à l’espagnole sans accent, conformément au souhait de Maurice Ravel, dans sa graphie du titre sous sa plume dans ses correspondances, et dans celle adoptée en couverture des premières éditions chez Durand.

Historical context

Le dossier « Maurice Ravel chef d’orchestre (1899-1934) » permet d’aborder la carrière de Maurice Ravel sous un autre angle.

Si de l’avis général, Maurice Ravel ne fut pas, loin s’en faut, le chef d’orchestre idéal de ses œuvres, beaucoup de comptes rendus soulignant sa direction « métrononomique » et « anguleuse », il ne fut toutefois pas un mauvais chef d’orchestre. Lors de sa première apparition à Londres comme chef d’orchestre en 1923, Maurice Ravel écrivait dans une lettre du 16 avril 1923 : « D’après les journaux je suis, sinon un grand, du moins un bon chef d’orchestre. Je n’en attendais pas tant... ».

La querelle de Maurice Ravel avec le chef d’orchestre Arturo Toscanini est célèbre : à l’occasion d’un concert exceptionnel du New York Philharmonic à l’Opéra de Paris le 4 mai 1930, Maurice Ravel n’hésita pas à exprimer sa vive contrariété au chef d’orchestre, que ce dernier ait adopté un tempo beaucoup trop rapide dans l’exécution du Bolero, dénaturant ainsi son œuvre. Le compositeur ayant eu l’occasion de diriger son Bolero à 32 reprises de 1929 à 1934, nul doute qu’il ait systématiquement respecté le tempo de 66 à la noire voulu par lui, tempo d’ailleurs respecté dans son enregistrement discographique de janvier 1930 pour la firme Polydor. Pour diriger son Bolero à Bruxelles, Maurice Ravel avait demandé une faveur au percussionniste qui tenait la caisse claire : celui-ci ne devait pas suivre le compositeur-chef d’orchestre, c’est ce dernier qui suivrait le rythme immuable donné par le percussionniste, par crainte de perdre le rythme (témoignage d’Émile de Radoux en 1975 dans l’exceptionnel film documentaire de 4h30 Maurice Ravel, l’homme et les sortilèges réalisé par Paul Danblon et Alain Denis pour la RTBF à l’occasion de la commémoration du centenaire de la naissance de Maurice Ravel).

Sur les 77 programmes réunis, 30 furent dirigés en France (28 à Paris et 2 à Lyon) et 47 à l’étranger dans 15 pays différents (1 en Allemagne, 3 en Autriche, 5 en Belgique, 1 au Danemark, 4 en Espagne, 11 aux États-Unis, 6 en Grande-Bretagne, 1 en Hongrie,  2 à Monaco, 6 aux Pays-Bas,  2 en Pologne, 1 en Roumanie, 1 en Suède, 1 en Suisse, 1 en Tchécoslovaquie).

Classement des œuvres de Maurice Ravel dirigées par lui, en fonction du nombre d’exécutions :

  1. La Valse : 34
  2. Bolero : 32
  3. Concerto pour piano et orchestre : 21
  4. Le Tombeau de Couperin : 14
  5. Shéhérazade : 13
  6. Sarabande (orchestration d’une œuvre de Debussy) : 13
  7. Danse (orchestration d’une œuvre de Debussy) : 13
  8. Ma Mère l’Oye : 11
  9. Rapsodie espagnole : 9
  10. Adélaïde ou Le Langage des fleurs (orchestration des Valses nobles et sentimentales) : 4
  11. Pavane pour une Infante défunte : 3
  12. Tzigane : 3
  13. Deux Mélodies hébraïques : 1
  14. Concerto pour la main gauche : 1
  15. Ouverture de féerie de Shéhérazade : 1

Une unique fois, à l’initiative de son ami G. Jean-Aubry et malgré sa gêne d’avoir à remplir cette obligation, Maurice Ravel dirigea une œuvre n’étant pas de lui, la Symphonie n°40 de Mozart, un de ses compositeurs préférés.

Se pose aussi la question de la communication de Maurice Ravel pendant les répétitions avec les musiciens d’orchestres des pays étrangers non francophones, du fait de la méconnaissance par le compositeur des langues étrangères. Il laisse à ce sujet un amusant témoignage sur la communication avec les musiciens de l’orchestre philharmonique de Madrid au printemps 1924 : « Heureusement que l’orchestre est composé d’excellents musiciens très gentils ; sans quoi je ne sais comment je pourrais m’en tirer avec les quelques mots d’espagnol, d’italien et de nègre que je puis rassembler » (lettre à Manuel de Falla du 30 avril 1924). Pour la tournée américaine de 1928, des musiciens francophones des orchestres d’outre-Atlantique semblent avoir fait office d’interprètes. Si, en général, les orchestres avaient déjà été préparés, avant la venue de Maurice Ravel, par leurs chefs titulaires, ce qui facilita grandement le travail de Maurice Ravel, quand cette préparation était insuffisante ou inexistante, les répétitions pouvaient s’avérer difficiles, comme ce fut visiblement le cas à Berlin en 1932 pour la répétition du Concerto pour piano et orchestre, d’après les souvenirs de Marguerite Long. Ce qui n’empêcha pas le concert de bien se passer.

Sources and protocol

Les sources utilisées pour l’élaboration du dossier sont multiples et variées :

 

Avant-programmes

Programmes de salle

Annonces dans la presse

Comptes rendus dans la presse

Correspondances

Références bibliographiques :

  • Biographies de musiciens, en particulier de chefs d’orchestre
  • Biographies de chorégraphes, de danseurs, de directeurs de ballets
  • Inventaires de concerts
  • Dictionnaires de musiciens
  • Dictionnaires des lauréats du Conservatoire National de Musique et de Danse de Paris
  • Histoires de la musique
  • Histoires d’orchestres
  • Histoires de théâtres
  • Histoires du ballet et/ou de la danse
  • Souvenirs de musiciens
  • Catalogues de ventes aux enchères ou de librairies spécialisées

Select bibliography

Catalogue des œuvres de Maurice Ravel, présentation par Roland-Manuel, Paris, Durand, 1931.

Manuel Cornejo, « Maurice Ravel en Belgique », Cahiers Maurice Ravel, n°13, 2010, p. 74-125.

Manuel Cornejo,  « “ Sans Madrid, probablement je n’existerais pas ”. Deux interviews espagnoles de Maurice Ravel inédites en France (1924) », Cahiers Maurice Ravel, n°14, 2011, p. 125-146.

Manuel Cornejo,  « Une source ravélienne oubliée : les souvenirs de Sam Bottenheim, secrétaire de Willem Mengelberg », Cahiers Maurice Ravel, n°16,‎ 2013-2014, p. 157-169.

Norman Vance DunfeeMaurice Ravel in America-1928, Kansas City, University of Missouri, 1980 (thèse de doctorat inédite).

Hélène Jourdan-MorhangeRavel et nous. L’homme. L’ami. Le musicien, Genève, Éditions du Milieu du Monde, 1945 (avec une préface de Colette).

Marguerite LongAu piano avec Maurice Ravel, textes réunis et présentés par PPierre Laumonier, Paris, Julliard, 1971 ; réédition : Paris, G. Billaudot, 1984.

Marcel MarnatMaurice Ravel, Paris, Fayard, 1986 (réédition en 1995).

Maurice Ravel, Paris, Bibliothèque Nationale, 1975 (catalogue de l’exposition organisée par la BnF pour la commémoration nationale du centenaire de la naissance du compositeur).

Maurice Ravel 1875-1975, Paris, Sacem, 1975 (avec des textes de présentation de Georges Auric, Jean-Loup Tournier et François Lesure).

Roger NicholsRavel: A Life, New Haven, Yale University Press, 2011.

Arbie OrensteinRavel. Man and Musician, New York, Columbia University Press, 1975 ; réédition : New York, Dover Publications, 1991.

Mariano Pérez [Gutiérrez], La estética musical de Ravel, Madrid, Editorial Alpuerto, 1987.

Maurice RavelL’intégrale : correspondance (1895-1937), écrits et entretiens, édition établie, présentée et annotée par Manuel Cornejo, Paris, Le Passeur Éditeur, 2018.

Roland-ManuelMaurice Ravel et son œuvre, Paris, A. Durand et Fils, 1914 ; 2e édition revue et augmentée, 1926.

Roland-ManuelMaurice Ravel et son œuvre dramatique, Paris, Les Éditions Musicales de la Librairie de France, 1928.

Roland-ManuelÀ la gloire de... Maurice Ravel, Paris, Nouvelle Revue Critique, 1938 ; réédité plusieurs fois sous le titre abrégé Ravel : Paris, Gallimard (NRF), 1948 ; Paris, Mémoire du Livre, 2000 (avec une préface et une postface de Jean Roy).

Manuel RosenthalRavel. Souvenirs, recueillis par Marcel Marnat, Paris, Hazan, 1995 ; réédition avec nouvelle introduction et des notes complémentaires de Thierry Bouchard : Paris, Fario, 2018.

Walter Szmolyan, « Maurice Ravel in Wien », Österreichische Musikzeitschrift [Vienne], 30/3, 1975, p. 89-104.

 

To cite this dossier

Manuel Cornejo, « Maurice Ravel chef d’orchestre (1899-1934) », Dezède [en ligne]. dezede.org/dossiers/id/376/ (consulté le Oct. 1, 2020).