Réalisé à l’occasion du centenaire de la naissance de Maria Callas, ce dossier regroupe l’ensemble des apparitions de la célèbre cantatrice sur les deux scènes lyriques parisiennes où elle s’est produite, l’Opéra de Paris et le Théâtre des Champs-Élysées.

Historical context

C’est le 19 décembre 1958 que Maria Callas chante pour la première fois à l’Opéra de Paris et se produit pour la première fois dans la capitale française. Alors qu’elle débute sa carrière vingt ans plus tôt à Athènes en 1938, qu’elle a conquis les principaux théâtres italiens durant l’année 1948, l’Amérique latine à partir de 1949, Londres en 1952, Vienne et New York en 1956, ce n’est qu’en 1958 que la plus célèbre des cantatrices débute sur la scène de l’Opéra de Paris.

« Le plus grand spectacle du monde », rencontre de Callas et du public parisien

Toutes les conditions sont réunies pour faire de ce rendez-vous un événement exceptionnel. En effet, Maria Callas ne débute pas à l’Opéra de Paris dans une production lyrique, mais dans un récital inédit et novateur, dont elle détermine le programme. Après une première partie constituée d’airs extraits du répertoire, selon la formule habituelle d’un récital, la soirée se poursuit par l’interprétation du IIe acte de Tosca, mis en scène, en décor et costumes. Cette représentation donnée lors d’une date unique prend la forme d’un gala en faveur des œuvres de la Légion d’honneur auxquelles la cantatrice cède son cachet, le plus élevé que l’Opéra de Paris n’ait jamais donné à cette époque. Annoncé plusieurs mois auparavant dans la presse comme « le plus grand spectacle du monde », le récital attire un public nombreux et fervent, ainsi qu’une foule de curieux massés aux abords du Palais Garnier. Dans la salle figurent de nombreuses personnalités artistiques et politiques, telles que le président de la République René Coty, le duc et la duchesse de Windsor, Charlie Chaplin, Jean Cocteau ou Brigitte Bardot. Il faut dire que l’événement est historique à plus d’un titre, car si la Callas rencontre pour la première fois le public parisien, le gala est également filmé et constitue la première captation télévisée réalisée depuis l’Opéra de Paris. Diffusé en direct à la télévision, dans douze pays d’Europe, ce premier récital à Paris est aussi la rencontre de Callas et de millions de téléspectateurs européens.

L’événement parisien connaît un retentissement médiatique d’autant plus grand que le récital s’ouvre par le célèbre « Casta diva », extrait de Norma, ouvrage qui fut au cœur du scandale de Rome le 2 janvier de la même année. Ce soir-là, et alors que le président de la République italienne Giovanni Gronchi est dans la salle, Maria Callas, indisposée, ne revient pas en scène après l’entracte et c’est sous une pluie de cris et de sifflets que la direction de l’Opéra annonce la suspension de la représentation en raison de circonstances imprévues. Le public romain imputera lourdement à la cantatrice ce qu’il considère comme un caprice de diva, et la Divina l’en punira plus fermement encore en promettant de ne plus jamais se produire à Rome. Quelques mois après ce scandale médiatique, il faut imaginer l’attention toute particulière du public parisien, le soir du 19 décembre 1958, retenant son souffle lorsque l’orchestre débute les célèbres arpèges de « Casta Diva ».

Les productions de Norma et de Tosca

Cinq ans et demi après sa première apparition en récital, Maria Callas retrouve la scène de l’Opéra de Paris pour huit représentations de Norma en mai et juin 1964, dans une mise en scène de Franco Zeffirelli devenue mythique. Si elle n’a pas chanté le rôle depuis la production du Théâtre antique d’Épidaure en 1960, il demeure l’un des plus importants de sa carrière et ce n’est pas par hasard qu’elle décide de l’interpréter à Paris, où elle vit désormais. Sous la direction musicale de Georges Prêtre, les partenaires de Callas sont Fiorenza Cossotto (Adalgisa), Ivo Vinco (Oroveso) et alternativement Charles Craig et Franco Corelli dans le rôle de Pollione. Par son raffinement poétique, la mise en scène de Zeffirelli fait date, quand Callas, par son aisance dramatique supérieure et son art du geste idéal, marque définitivement de son autorité le rôle de Norma, qu’elle retrouve une dernière fois, sur la même scène, en mai 1965.

Dans l’intervalle, la Divina est également à l’affiche d’une production de Tosca, mise en scène par son même complice Franco Zeffirelli et programmée à l’Opéra de Paris pour neuf représentations en février et mars 1965. Ainsi, durant deux ans, les rôles-titres de Norma et Tosca constituent les ultimes rôles interprétés par Callas dans des productions mises en scène. Après les productions de Londres (janvier-février 1964), Paris (février-mars 1965), New York (mars 1965), la Callas ne retrouvera le rôle de Tosca que pour une ultime représentation à Covent Garden, le 5 juillet 1965, date de sa dernière apparition dans une production scénique.

Maria Callas et le Théâtre des Champs-Élysées

Outre sa présence à l’Opéra de Paris, la Callas tisse un lien encore plus particulier avec le Théâtre des Champs-Élysées. Elle s’y produit pour la première fois lors d’un récital, le 5 juin 1963, date qui constitue sa deuxième apparition parisienne après la soirée de gala de l’Opéra. Pour l’occasion, elle intègre à son habituel programme d’airs italiens deux extraits des opéras de Massenet, l’« air des lettres » de Werther et l’« air de la petite table » de Manon.

Le 2 mai 1965, entre la production de Tosca (février-mars 1965) et celle de Norma (mai 1965) à l’Opéra, la Divina retrouve le Théâtre des Champs-Élysées non pas pour un récital mais pour une captation télévisée, sans public. Sous la direction de Georges Prêtre, elle enregistre à cette occasion l’« air de la petite table » (Manon), l’air d’Amina (La Sonnambula) et le célèbre « O mio babbino caro » de Lauretta (Gianni Schicchi). Plus confidentielle, « L’invitation au voyage » d’Henri Duparc est également enregistrée ce jour-là, mais ne sera malheureusement pas diffusée.

En 1973, alors qu’elle entame avec son compagnon, le ténor Giuseppe Di Stefano, une vaste et ambitieuse tournée, la Callas choisit à nouveau le Théâtre des Champs-Élysées pour son unique date française. Le programme de cette ultime tournée de récitals est donné quarante fois d’octobre 1973 à novembre 1974. La tournée européenne (dix dates) débute le 25 octobre 1973 à Hambourg et se poursuit jusqu’au 11 décembre 1973 principalement en Allemagne (Berlin, Düsseldorf, München, Frankfurt, Mannheim), à Londres (26 novembre et 2 décembre), à Paris (7 décembre) et à Amsterdam (11 décembre). La tournée reprend en janvier 1974 pour deux dates en Europe (Milan le 20 janvier, Stuttgart le 23 janvier), puis dix-neuf dates aux États-Unis et au Canada (Toronto, Washington, Chicago, New York, Dallas, Vancouver, Los Angeles, San Francisco), pour s’achever en Asie avec neuf dates (Séoul, Tokyo, Osaka, Hiroshima), dont l’ultime apparition en scène de la Divina : le 11 novembre 1974 à Sapporo (Japon).

Enfin, une légende de plus en plus crédible établit un lien tout particulier entre la Callas et le Théâtre des Champs-Élysées, où elle aurait régulièrement travaillé sa technique vocale dans un studio de répétition, un an avant sa mort durant l’année 1976, seule au piano et dans la plus grande discrétion, nourrissant peut-être l’espoir d’un retour en scène…

Sources and protocol

Les sources relatives aux dates et programmes de récitals de même qu’aux dates des productions lyriques et de leurs distributions sont très nombreuses sur le web mais bien souvent contradictoires. Nous avons ainsi privilégié une source principale, connue pour sa fiabilité, à savoir le numéro de l’Avant Scène Opéra consacré à Maria Callas (octobre 1982) que nous avons croisé avec d’autres sources :

  • « Maria Callas fait scandale à Rome », Le Monde, 4 janvier 1958 [consulter] ;
  • chronique de RadioFrance et extraits audio du récital du 19 décembre 1958 à l’Opéra de Paris [consulter] ;
  • brève revue de presse du récital du 5 juin 1963 au Théâtre des Champs-Élysées [consulter] ;
  • dossier consacré à la production de Norma en 1964 à l’Opéra de Paris sur le site de l’art lyrique français [consulter] ;
  • « Maria Callas à l’Opéra de Paris », L’Édition spéciale des actualités télévisées, ORTF, 21 mai 1964, archive de l’INA [consulter] ;
  • programme du récital du 7 décembre 1973 au Théâtre des Champs-Élysées [consulter] ;
  • chronique dédiée aux récitals de Maria Callas sur le site du Théâtre des Champs-Élysées [consulter] ;
  • encyclopédie de l’art lyrique français [consulter].

Select bibliography

« Maria Callas, ses récitals 1954-1969 », L’Avant Scène Opéra, no 44, Paris, octobre 1982.

Alain Duault, Dans la peau de Maria Callas, Paris, Le Passeur éditeur, 2014.

Jean-Jacques Groleau, Maria Callas, Arles, Actes Sud, 2023.

Jean-Jacques Hanine-Roussel, Callas Unica, Chatou, Éditions Carnot, 2002.

Tom Volf, Maria Callas lettres & mémoires, Paris, Albin Michel, 2019.

To cite this dossier

Jonathan Parisi, «Maria Callas à Paris», Dezède [online]. dezede.org/dossiers/id/647/ (consult the Feb. 24, 2024).