Parmi les bâtiments qui sortent de terre pour l’Exposition universelle de 1878, on compte un espace en partie consacré à la musique : le Palais du Trocadéro, dont la salle des fêtes peut accueillir plus de 4700 spectateurs. Avec le souci d’exploiter au mieux ce lieu et de donner à l’art musical une place inédite dans une exposition de ce genre, le ministère de l’Agriculture et du Commerce désigne, dès 1877, une « Commission des auditions musicales », dans laquelle on trouve – entre autres – Charles Gounod, Jules Massenet, Camille Saint-Saëns, Léo Delibes, Théodore Dubois et Ambroise Thomas. Cette assemblée de musiciens se charge de l’organisation d’une série de 110 événements qui se déroulent de juin à novembre et ressemblent à s’y méprendre à ce que nous nommons aujourd’hui un « festival ».

Historical context

Chargées de faire entendre des œuvres internationales et modernes, les auditions du Trocadéro sont organisées de manière différente selon le type de concert proposé et les pays représentés. Chaque catégorie d’audition doit ici être abordée pour en présenter les particularités :

  • Les concerts français, au nombre de 10, mobilisent un grand orchestre et un chœur, spécialement rassemblés pour l’occasion et dirigés par Édouard Colonne. La programmation de ces concerts suit une logique en trois temps : compositeurs morts (mais nés après 1800), contemporains incontournables et pièces inédites. Les deux premiers groupes de musiciens programmés ont été désignés au vote par la commission (les membres de cette dernière, ainsi que les compositeurs de l’Institut étant programmés d’office). Pour les inédits, la commission étudie des partitions soumises et choisit les œuvres les plus méritantes.
  • Les séances officielles de musique de chambre, au nombre de 16, suivent une même logique de programmation. Leur organisation est supervisée par Jules Armingaud et elles mobilisent plusieurs ensembles. Elles se déroulent dans une autre salle du Palais du Trocadéro nommée « salle des conférences ». Ces deux premières catégories sont exclusivement réservées aux compositeurs français.
  • La programmation des auditions étrangères est déléguée à des représentants des nations concernées. Un règlement rédigé par la Commission fixe cependant un certain nombre de limites au répertoire pouvant être entendu. On ne peut pas, notamment, jouer un compositeur vivant qui ne serait pas de la nationalité du pays se faisant entendre au cours du concert. Probablement pensée pour empêcher toute programmation de Wagner (car l’Allemagne n’est pas conviée à l’Exposition universelle de 1878), cette clause se retourne cependant contre les Français, dont Camille Saint-Saëns (qui devait être joué par l’orchestre américain) et Charles Gounod (pressenti pour un concert anglais). Les nations étrangères peuvent faire entendre un orchestre ou des chœurs venant de leur pays, mais ont aussi la possibilité (comme la Russie notamment) d’employer l’orchestre et les chœurs français de l’Exposition pour faire entendre leur répertoire. Les nations entendues dans ces grands concerts au cours de l’Exposition sont l’Italie, les Pays-Bas, l’Angleterre, les États-Unis, la Russie, la Norvège et la Suède.
  • Aux côtés des auditions étrangères dans la salle des fêtes, les autres nations peuvent également donner des concerts dans la salle des conférences. Il s’agit de concerts de « musique pittoresque » (pour l’Espagne, l’Italie, l’Autriche-Hongrie, la Russie) ou de séances de musique de chambre (pour l’Italie ou la Norvège et la Suède).
  • Des séances d’orgue, au nombre de 15, sont également organisées dans la salle des fêtes, sur le grand orgue Cavaillé-Coll installé en fond de scène. Organisées comme des récitals, mobilisant deux organistes au plus, ces séances sont gratuites, ouvertes aux interprètes français ou étrangers et leur répertoire ne connaît pas de restriction d’époque ou de nationalité.
  • Des « festivals » et concours ponctuent l’Exposition universelle de 1878 : pour les orphéons, les musiques militaires puis les musiques d’harmonie et fanfares civiles. Une partie des concours s’effectue à huis clos (généralement une matinée de déchiffrage), mais le reste des épreuves et les grands rassemblements festifs sont publics et proposés à prix réduit.
  • Enfin, la salle des fêtes et la salle des conférences peuvent être occupées par des « sociétés libres » qui organisent des séances très diverses. Certaines institutions parisiennes – comme l’École Niedermeyer ou l’Institut national des jeunes aveugles – en profitent pour se faire entendre. La société de musique de chambre féminine Sainte-Cécile, dirigée par Marie Tayau, donne des auditions. L’automne est par ailleurs propice à l’organisation de « matinées » de bienfaisance mêlant poésie déclamée, scènes dramatiques, airs lyriques, solos instrumentaux et chansons de café-concert en ayant recours à de grandes célébrités parisiennes. On notera enfin l’organisation d’une solennité maçonnique le 24 octobre où, pour la première fois, La Marseillaise est entendue au Trocadéro. 

Bien que l’essentiel des concerts regroupés dans ce dossier se déroule à l’intérieur du Palais du Trocadéro, on y a joint également deux auditions protocolaires données au Palais de l’exposition, sur le Champ-de-Mars, lors de la remise des récompenses. On notera également que certains concours se déroulent sur plusieurs lieux et peuvent investir, par exemple le 26 août, l’exposition d’agriculture, également sur le Champ-de-Mars. Enfin, il convient de considérer que ce dossier ne regroupe pas toutes les auditions musicales de l’exposition. Le manque de sources nous empêche, à ce jour, de renseigner de manière systématique les exécutions qui ont eu lieu dans deux espaces importants :  l’exposition des instruments de musique – où les facteurs font régulièrement venir des virtuoses pour proposer des démonstrations – et le pavillon de la presse.

Sources and protocol

On a utilisé comme source principale de ce dossier les affiches, programmes manuscrits et programmes de salle imprimés conservés aux Archives nationales dans la série F12 (archives de la Commission des auditions musicales de l’Exposition de 1878). Ces documents sont regroupés par dossiers thématiques.

  • Les "Auditions étrangères" se trouvent à la cote F12 3486A, réparties dans les dossiers Angleterre, Autriche-Hongrie, Belgique, Danemark, Espagne, États-Unis, Hollande, Italie, Russie, Suède-Norvège et Suisse.  
  • La cote F12 3486 B fournit des informations sur les séances officielles de musique chambre, les concours et festivals (orphéons, fanfares, musiques d’harmonie, musiques militaires).
  • La cote F12 3487 regroupe les programmes des concerts français et des séances d’orgue, ainsi qu’un certain nombre d’affiches.
  • Enfin, les programmes de salle des concerts de sociétés privées qui ont lieu au cours de l’Exposition au Palais du Trocadéro sont conservés dans la cote F12 3488.

Les informations recueillies dans ces archives ont été confrontées à la presse musicale et quotidienne. Ce travail a été effectué de manière systématique dans trois périodiques : la Revue et Gazette musicale de ParisLe Ménestrel et L’Art musical. D’autres journaux ont été consultés ponctuellement (via le site retronews) afin de glaner des informations manquantes, de préciser l’identité d’un interprète, ou simplement confirmer que les concerts renseignés avaient bien eu lieu.

Des données économiques relatives aux recettes des concerts français, des séances officielles de musique de chambre, des festivals et des concours sont fournies par le Rapport administratif sur l’Exposition universelle de 1878 paru à l’Imprimerie nationale en 1881 (p. 409).

Select bibliography

Linda Aimone et Carlo Olmo, Les Expositions universelles, 1851-1900, traduit de l’italien par Philippe Olivier, Paris, Belin, 1993.

Michel Duchesneau, L’Avant-garde musicale à Paris de 1871 à 1939, Sprimont, Mardaga, 1997.

Étienne Jardin, « Une exposition musicale universelle. Palais du Trocadéro, 1878 », Music and the Second Industrial Revolution, sous la direction de Massimiliano Sala, Tunhout, Brepols, 2019, p. 29-56.

Florence Gétreau (dir.), La musique aux Expositions universelles : entre industries et cultures, Musique. Images. Instruments 13 (2012).

Malou Haine, « Les expositions d’instruments anciens dans la seconde moitié du XIXe siècle », Revue belge de musicologie (numéro spécial : Hommages à Suzanne Clercx), XLII (1988), p. 223-240.

Jann Pasler, La République, la musique et le citoyen. 1871-1914, traduit de l’anglais par Johan-Frédérick Hel Gredj, Paris, Gallimard, 2015, p. 225-232.

Anne Pingeot, 1878 : la 1re Exposition universelle de la République, Paris, Éditions de la Réunion des musées nationaux, 1988.

Barteld Postma, Sandrine Dubouilh et Brian Katz, « An archeoacoustic study of the history of the Palais du Trocadero (1878–1937) », Journal of the Acoustical Society of America, Acoustical Society of America, 2019, 145 (4), p. 2810-2821.

Frédéric Seitz, Le Trocadéro : les métamorphoses d’une colline de Paris, Paris, Belin, 2005.

Rollin Smith, « The Organ of the Trocadéro and Its Players », French organ Music from the Revolution to Franck and Widor, sous la direction de Lawrence Archbold et William J. Peterson, University of Rochester Press, 1995, p. 275-308.

Ce dossier sert de base à l’élaboration d’une monographie, en cours de rédaction.

To cite this dossier

Étienne Jardin, «Exposition universelle de 1878», Dezède [online]. dezede.org/dossiers/id/394/ (consult the May 14, 2021).