Ce cours privé est organisé au domicile parisien de Duprez, situé à l’angle de la rue Condorcet et de la rue de Turgot, bientôt doté d’une salle attenante où seront organisés des séances publiques à l’imitation de celles données au Conservatoire. Dans les premiers temps de l’école, le célèbre ténor part en tournée avec ses élèves, et il les sollicite également pour concourir aux festivités du village dont il est maire.

Historical context

Les exercices réalisés deux fois par semaines dans les années 1856 et suivantes comprenaient des airs séparés, des scènes entières jouées, et sont parfois associés à la création des ouvrages composés par Duprez, sous des formes variables : « Il y a ce soir grande exécution de l’opéra Samson chez Duprez et de lui ; on se borne à le chanter assis devant 300 invités » (Le Ménestrel, 19 mars 1854, p.4). Parmi ces derniers, le directeur de l’Académie est bien sûr l’un des plus régulièrement sollicité (voir le carton d’invitation adressé à Emile Perrin) ; il s’agit de faire repérer ses élèves pour débuter dans de petits rôles. Albani parle même de « débuts » au théâtre de Duprez pour les étudiants au bout de quelques mois :

“He had a small theatre in Paris where, after a few months of teaching, his pupils used to perform ; old pupils, students, professors, and sometimes critics being present at these trials. My first essay was in the garden scene of Gounod’s "Faust." I was greatly applauded” (Emma AlbaniForty Years of Song, Toronto : Copp Clark, 1911, p. 30).

Les exercices à orchestre deux vendredis par mois apparaissent lors de la saison 1868-1869 (voir Le Ménestrel du 15 novembre 1868, p. 407). La première séance a lieu le 18 décembre en présence d’Auber, alors directeur du Conservatoire (voir Le Ménestrel du 20 décembre 1868, p. 21), même s’il en était question plus ponctuellement depuis la création en 1854 (voir Le Ménestrel du 26 mars 1854, p. 3) sous la direction de Ferdinand Van den Heuvel (voir Le Ménestrel du 30 avril 1854, p. 4).

De plus, les premiers élèves participèrent à des tournées (Prouvier démissionne même de son cursus d’élève au Conservatoire pour le suivre : il est rayé avec la mention "parti en province avec Duprez")Faisant l’expérience professionnelle d’une mobilité semblable à celle d’une troupe d’arrondissement, ils visitèrent notamment Nantes, Caen, Saint-Malo, Brest, Rennes, Lorient, Le Mans et La Rochelle lors d’une première expédition. La présence du maître devait assurer le succès de l’aventure :

Au mois de juin 1849, nous nous mîmes en route. Ma petite troupe était ainsi composée : mesdemoiselles Félix Miolan et Poinsot (1), premiers sujets de chant ; mademoiselle Jolly, pianiste accompagnateur ; MM. Ballanqué (2), première basse ; Didiée, baryton ; Prouvier et Bertrand, deuxièmes rôles ; je me réservais les grands ténors. Mon frère Édouard nous accompagnait aux titres de régisseur, administrateur, maréchal des logis, etc. [ainsi que] deux mamans et une gouvernante.

(Gilbert Duprez, Souvenirs d’un chanteur, Paris, Calmann Lévy, 1880, p. 190-191).

(1) Anne-Euphrasie Poinsot était lauréate du Conservatoire, ayant remporté un 2nd prix de chant et un 1er prix d’opéra en 1847 (voir Constant Pierre, Le Conservatoire..., p. 831).
(2) Mathieu-Emile Balanqué [sic] avait remporté deux accessit en chant et opéra au concours de 1847 puis un second prix de chant l’année suivante (ibidem, p. 690).

Passées les dix premières années, Duprez vieillissant s’entoura d’une équipe comprenant notamment Mocker, ancien élève de Choron. C’est de cette seconde période que date « L’invasion belge à l’école de Duprez», d’après le titre d’un article paru dans La Presse musicale qui désigne par exemple MM. Silva et Verdhurt, ou Mlle C. Astiéri ; Agnesi était pour sa part arrivé en 1861, précédant le ténor léger Raoul Fouquez.

« En 1862, Duprez prit comme associé son fils Léon, qui était déjà professeur, et en 1870, lorsqu’il partit pour Bruxelles, il lui abandonna complètement la direction de l’école de chant. On y vit alors passer comme élèves Mlles Isaac, Heilbronn, Jeanne et Fidès Devriès, Mézeray, MM. Engel, Sylva, Morlet, et encore Mlles Chevrier, Legault, d’Ervily, Allary, MM. Stephane, Plançon, etc… Les cours de comédie furent successivement confiés à MM. [Léon] Duprez, Mocker et Lambert. Le piano et l’orchestre sont restés sous la direction de M. Maton, qui fait partie de l’école depuis sa fondation. »

(Ad. Ad., « Théâtres – La salle Duprez », Le Temps, 10 juillet 1894, p. 3).

La renommée internationale de Duprez fils comme enseignant justifie qu’on lui confie une charge de cours au Conservatoire à partir de 1894 puis qu’on l’y nomme professeur en 1897.

Un autre élève de Gilbert Duprez passé professeur, Ulysse Toussaint du Wast, « reprend et continue chez lui, 31, rue Victor-Massé, les cours de déclamation et de mise en scène qu’il faisait depuis neuf ans à l’école Duprez, et il y ajoute des cours de chant et des auditions publiques d’élèves » (Le Ménestrel du 15 octobre 1893, p. 336). Il donnera par la suite des auditions avec la classe de sa femme Louise Duwast-Duprez, elle-même nièce de Léon Duprez, qui sont l’objet d’un autre dossier.

Sources and protocol

Faute d’avoir retrouvé les archives de l’école spéciale de chant, nous n’avons pas pu reconstituer de tableau des effectifs. C’est donc la presse française et étrangère qui renseigne presqu’intégralement notre étude.

La première promotion rassemblait au moins Mlles Thoumas, Delingham, Charri et MM. Rauch ; faut-il encore compter Mlle Joséphine Martin et MM. Bataille, Alrit, Ortmans, Paquis, Dellanoy, Waldteufel et Tubeuf comme élèves ? (voir Le Ménestrel du 19 mars 1854, p.3). Aux noms déjà cités, nous pouvons adjoindre ceux de Mlles Marie Brunet, Marimon, Ferrand, Raissac ainsi que MM. Quesnel, Salviani et Varesi, tous pour la première décennie (voir l’article de Léon Gatayes « G. Duprez et son école » le 6 février 1859, p. 78, et les informations diverses le 6 mars de la même année, p. 112).

Il serait très intéressant aussi de pouvoir suivre systématiquement les carrières des élèves. Cette enquête peut aisément être conduite sur Dezède, en exploitant les fréquentes mentions dans la presse qui permettent au moins de donner une idée de leur activité à divers niveaux de la carrière lyrique.

Les noms se succèdent régulièrement : « Mlle Monrose, élève de Duprez […] vient d’être engagée [à l’Opéra-Comique] (0) » ; on signale les « débuts de Mlle Marie Dupuy, une jeune élève de Duprez qui revient de Strasbourg après une excellente saison (1). » ; on déplore le décès « à l’âge de 21 ans, [de] Mme Marie Tisserand, une des plus brillantes élèves de l’école de Duprez (2) ». Toutes ne sont pas très douées et, même si l’on se doute qu’une bonne partie de ces lignes ont achetées ou quémandée par Duprez lui-même, la critique se permet à l’occasion d’attaquer certaines élèves : « Mademoiselle Masson a de grands yeux, de grands traits et une grande voix. Duprez ne lui a pas encore appris à se servir de cette dernière. Que lui-a-t-il donc montré – A coup sûr, ce n’est pas à jouer la comédie (3). » Le Monde dramatique loue la voix puissante d’un premier ténor qui a résisté toute une année à la salle acoustiquement ingrate de la Monnaie à Bruxelles en ces termes : « Raguenot possède une méthode puisée à la meilleure des sources, à l’école de Duprez (4) ». De son côté, le Messager des Théâtres et des Arts estime que « Mlle Detrie, de Bruxelles, élève de M. Duprez […] deviendra bientôt une artiste hors ligne. Dire que la méthode de Duprez se reflète dans son élève, c’est en dire assez (5). »

Le dossier est donc appelé à rayonner (voir aussi la fiche d’autorité Gilbert Duprez, qui moissonne automatiquement la liste de ses élèves).

Select bibliography

BRISSON, Adolphe, « Promenades et visites – Le ténor G. Duprez », Le Temps, 4 février 1896. CORNEAU, André, « Gilbert Duprez », La Vie théâtrale, s.d. [1896], p. 91-98.
DOLLINGEN, « Duprez », Galerie des contemporains, dixième livraison, Paris, Chaix, s.d. [c.1854].
DUPREZ, Edouard, « Duprez, chapitre détaché des Mémoires (inédits) d’un Comédien de province », Galerie illustrée des célébrités contemporaines – Les Théatres de Paris, s.d., p. 61-68.
DUPREZ, Gilbert, « Choron et son école », Le Ménestrel, 30 juin 1867, p. 241-242.
DUPREZ, Gilbert, Souvenirs d’un chanteur, Paris, Calmann Lévy, 1880.
SILVESTRE, Théophile, « G. Duprez, étude d’après nature », DUPREZ, Gilbert, La Mélodie, études complémentaires vocales et dramatiques de l’art du chant, Paris, Chaix, s.d. [1858], p. I-XVI.

F-Pan,AJ/13/454 Invitation autographe et carton d’entrée adressés à Perrin pour les séances d’exercice à orchestre de l’année 1868-1869
F-Pan,AJ/13/452 (2) Demande d’audience autographe sur papier à entête de l’école adressée à Perrin
F-Pan,AJ/13/499 Invitation autographe sur papier à entête de l’école et carton d’entrée adressés à Perrin pour les séances d’exercice à orchestre de l’année 1869-1870


F-Po, l.a.s. Duprez, Gilbert (lettres autographes à Gilbert Duprez)
F-Po, l.a.s. Roqueplan, Nestor (lettres autographes de Gilbert Duprez)
F-Po, Dossier d’artiste (défaits de presse concernant Gilbert Duprez)

F-Pn, ADS, Ro 3062 p. 17-19 Défaits de presse concernant Gilbert Duprez
F-Pn, ADS, Ro 5085 Défaits de presse concernant Gilbert Duprez
F-Pn, ADS, Ro 5081 Défaits de presse concernant Gilbert Duprez

CONTOUR, Solange, « Chanteur d’opéra et maire de Valmondois », Bulletin de la Société historique et archéologique de Pontoise, du Val d’Oise et du Vexin, 1998, p. 33-43.
CORTI, Sandro, Edizione critica delle lettere del tenore G.L. Duprez nell’archivio dell’impresario teatrale Alessandro Lanari presso la Biblioteca nazionale di Firenze, thèse de l’Université de Pise, 1991.
ELLIS, Katharine, “Vocal Training at the Paris Conservatoire and the Choir Schools of Alexandre-Étienne Choron: Debates, Rivalries and Consequences”, in Musical Education in Europe (1770-1914), FEND, Michael et NOIRAY, Michel, dir., Berlin, Berliner Wissenschafts-Verlag, 2005, vol. 1, p. 125-144.

To cite this dossier

Pierre Girod (ed.), «L’École Duprez (1849-1894) : exercices publics et tournées dans les départements», Dezède [online]. dezede.org/dossiers/id/248/ (consult the Oct. 18, 2019).