Ce dossier regroupe l’intégralité de la programmation des soirées de la deuxième salle Favart comprises entre le 27 janvier 1862, date de la nomination d’Émile Perrin à la direction de l’Opéra-Comique, et le 19 décembre 1862, veille de son départ de la salle Favart pour la direction du Théâtre Impérial de l’Opéra. Cette période se trouve à cheval entre la fin des saisons 1861-1862 et 1862-1863. 

Historical context

Lorsqu’Émile Perrin (né à Rouen en 1814, mort à Paris en 1885) est nommé à la tête de l’Opéra-Comique le 27 janvier 1862, l’institution traverse une grave crise financière dont la responsabilité est imputable à la gestion malheureuse de ses prédecesseurs. En effet, Nestor Roqueplan (en poste à l’Opéra-Comique de 1857 à 1860) et Alfred Beaumont (directeur du 18 juin 1860 au 27 janvier 1862) ont connu au cours de leurs mandats respectifs, des difficultés majeures qui ont contribué à entraver leur direction, les conduisant tous deux à la faillite. Le Théâtre impérial de l’Opéra-Comique, deuxième scène lyrique française, se trouve donc, en ce début d’année 1862, au bord de la cessation de paiement.

Émile Perrin, dont les talents d’administrateur de théâtre ont déjà été révélés au cours d’une longue direction couronnée de succès à l’Opéra-Comique entre 1848 et 1857, apparaît donc aux yeux du ministre d’État Alexandre Walewski, comme le seul capable de restaurer la santé financière de l’institution. Grâce à des faveurs octroyées par Walewski à Émile Perrin (cession d’un privilège gratuit, annulation des engagements pris entre les artistes et la direction précédente), la tâche d’Émile Perrin s’annonce sous les meilleurs auspices mais l’urgence de la situation économique catastrophique impose au nouveau directeur la programmation d’une saison sur mesure afin de faire revenir le public à la salle Favart.

Le travail de Perrin consiste donc à entamer deux grands chantiers : le renouvellement de la troupe, notamment avec les arrivées de Léon Achard et de Celestine Galli-Marié, et l’utilisation d’un répertoire qui permet, à moindre frais, de s’attirer les faveurs de la presse et du public. Le caractère le plus remarquable de cette programmation demeure l’exhumation à une fréquence rapprochée, de quatre œuvres directement puisées dans le répertoire historique de l’Opéra-Comique, avec les reprises (par ordre chronologique de programmation), de Rose et Colas (P.-A. Monsigny, 1764)La Servante maîtresse (G. B. Pergolesi, 1754), Deux mots ou Une Nuit dans la forêt (N.-M. Dalayrac, 1806) et enfin, Zémire et Azor (A.-E.-M. Grétry, 1771).

De même, le triomphe de Lalla-Roukh (F. David) et la millième représentation de La Dame blanche (Fr.-A. Boieldieu, 1825) en présence du couple impérial constituent également un témoignage indéniable de la réussite d’Émile Perrin, qui, après avoir sauvé l’Opéra-Comique en moins d’un an, est promu à la tête de l’Opéra de Paris le 19 décembre 1862, lui conférant l’image d’un directeur thaumaturge.

Sources and protocol

Deux sources ont permis de reconstituer la chronologie des soirées de l’Opéra-Comique pour cette période :

1) le Journal de bord de l’Opéra-Comique rédigé par le régisseur de l’administration du théâtre, Victor Avocat, et conservé à la Bibliothèque-Musée de l’Opéra de Paris, cote [REG. OC-12 pour la période du 27 janvier 1862 au 30 avril 1862, et [REG. OC-13 pour la période du 1er mai 1862 au 19 décembre 1862. Il s’agit de la source principale.

2) le journal Le Temps utilisé par le biais de ses annonces de spectacles quotidiens. Cependant, la fiabilité de ces annonces est mise à mal par le journal de bord. Nous avons malgré tout pris le parti de conserver cette source pour son aspect d’authenticité.

To cite this dossier

Frédéric Guérin (ed.), «La seconde direction d’Émile Perrin (1862)», Dezède [online]. dezede.org/dossiers/id/229/ (consult the Dec. 12, 2019).