« La création française de Samson et Dalila à Rouen en 1890 » rassemble les dix-sept représentations de la création française de cet opéra de Camille Saint-Saëns (1835-1921) au Théâtre des Arts de Rouen au cours de la saison 1889-1890, entre le 3 mars et le 29 avril 1890. Ce corpus inclut la répétition générale du 1er mars, la première représentation du 3 mars et les seize suivantes les 5, 7, 11, 13, 15, 17, 21, 23, 25, 27, 31 mars, 2, 7, 11, 25 et 29 avril 1890.

Contexte historique

Il a fallu pas moins de trois décennies pour que Samson et Dalila entre définitivement dans le répertoire des théâtres français et soit enfin reconnu comme un chef-d’œuvre de l’art lyrique. Après le refus de l’Opéra de Paris en 1870, plusieurs fragments de l’opéra connaissent quelques « avant-premières » en société chez Augusta Holmès (1869), chez Pauline Viardot (1874) ou encore aux Concerts Colonne (1875 et 1880). Mais il faut attendre le 2 décembre 1877 pour que Samson et Dalila soit enfin mis à la scène : grâce au soutien de Franz Liszt, cette représentation inaugurale sera donnée dans une traduction allemande au Théâtre Grand-Ducal de Weimar sous la direction d’Edouard Lassen. Elle est suivie d’une exécution intégrale, sous forme d’oratorio, à la salle de la Grande Harmonie de Bruxelles, par la Société de musique de Bruxelles, les 5 et 6 mai 1878, et de la première d’une série de trois représentations à l’Opéra de Hambourg dirigées par Camille Saint-Saëns le 14 mars 1882.

La première représentation française au Théâtre des Arts de Rouen le 3 mars 1890 marque donc une étape décisive pour la fortune de l’œuvre, qui entre ainsi dans le répertoire des théâtres français. Après ce coup d’essai réussi – dix-sept représentations en deux mois –, le succès est confirmé par les représentations parisiennes à l’Éden-Théâtre en 1890 mais surtout à l’Opéra en 1892. Autour de la première de Samson et Dalila à Rouen, c’est également tout un ensemble de débats de politique culturelle qui occupe l’esprit des journalistes sans compter celui des musiciens français : faut-il un troisième théâtre lyrique et si oui, faut-il l’installer dans les murs du Théâtre des Arts de Rouen à proximité de Paris ? Indépendamment de ces grands projets de décentralisation musicale, Samson soulève une contestation dans les rangs des abonnés rouennais qui revendiquent le droit de pouvoir assister en priorité aux représentations avant le public et les journalistes parisiens. Samson donne enfin le coup d’envoi d’une politique théâtrale à Rouen qui se veut ambitieuse : au cours de la saison 1889-1890, et avant la création de Lohengrin la saison suivante, ce sont les premières du Vénitien d’Albert Cahen, de Gwendoline d’Emmanuel Chabrier, de La Coupe et les Lèvres de Gustave Canoby, de La Chanson nouvelle de Jules Bordier, de Deïdamia de Henry Maréchal, de Salammbô d’Ernest Reyer et du Printemps d’Alexandre Georges qui rythment la programmation d’événements marquants.

Sources et protocole

Pour les représentations rouennaises de Samson et Dalila, entre le 3 mars et le 29 avril 1890, le corpus s’appuie sur différentes sources :

1. les rubriques « Spectacles » et « Théâtre » du Journal de Rouen, dans laquelle figurent, d’un côté, tous les jours de la semaine, les annonces des spectacles présentés dans les théâtres rouennais, et de l’autre côté, l’actualité théâtrale au jour le jour ;

2. un choix d’annonces et de comptes rendus publiés dans les périodiques parisiens : Le Ménestrel (novembre 1899 à avril 1890), L’Art musical, Le Théâtre et Le Monde illustré.

NB. La presse n’a pas fait l’objet d’un dépouillement systématique. Le dossier sera enrichi de nouveaux articles puisés dans d’autres titres rouennais et parisiens.

Le dépouillement de presse est tiré de l’annexe de Morgane Lescuyer, Autour de la création de Samson et Dalila à Rouen (1888-1890) : un exemple de décentralisation sous la Troisième République, mémoire de master 1 sous la direction de Joann Élart soutenu à l’université de Rouen en octobre 2007. Relecture, correction, complément et constitution du dossier par Joann Élart.

Aucune harmonisation n’a été opérée dans la transcription diplomatique des sources, à l’exception des majuscules accentuées. Toutes les incohérences et graphies fautives sont signalées par un “ [sic] ”.

Bibliographie indicative

Jean ChantavoineCamille Saint-Saëns, Paris, Richard Masse, 1947, 117 p.

Henri Collet, Samson et Dalila de Camille Saint-Saëns : étude historique et critique, Paris, Mellottée, 1922, 135 p.

Étienne Destranges, Samson et Dalila de Camille Saint-Saëns : étude analytique, Paris, Fischbacher, 1893, 20 p.

Joann Élart, « Saint-Saëns et Dalila à Rouen », Avant-Scène Opéra, n° 293, 2016, p. 61-65.

Jean Gallois, Camille Saint-Saëns, Liège, Mardaga, 2004, 382 p.

Christian Goubault, « La décentralisation artistique pour le premier théâtre lyrique départemental français », Paris-Normandie, dossier Le Théâtre des Arts (1776-1914), une histoire du théâtre lyrique à Rouen paru en épisodes, 14 août 1974.

Christian Goubault, « La décentralisation de l’art lyrique à Rouen 1830-1900 », Regards sur l’opéra, Paris, PUF / PUR, Centre d’art esthétique et littéraire, 1975, p. 47-82.

Christian GoubaultLa vie musicale à Rouen de 1830 à 1914, Thèse de doctorat, université de Paris IV, 1977, 991 p.

Christian GoubaultLa Musique, les acteurs et le public au Théâtre des arts de Rouen, 1776-1914, Rouen, Centre régional de documentation pédagogique, 1979, 119 p.

Adolphe Jullien, « Samson et Dalila à Rouen », Musiciens d’aujourd’hui, Paris, Librairie de l’art, 1892, p. 314-321.

Morgane Lescuyer, « La création française de Samson et Dalila et le projet de troisième scène nationale », in Joann Élart et Yannick Simon (dir.), Le Théâtre des Arts de Rouen au temps de Claude Monet, Rouen, PURH, Magazine éphémère n° 1 (Normandie Impressioniste), avril 2013, p. 12-15.

Sabina Teller Ratner, « La genèse et la fortune de Samson et Dalila », Cahiers Ivan Tourgueniev, Pauline Viardot, Maria Malibran, IX, Paris, Association des amis d’Ivan Tourgueniev, Pauline Viardot, Maria Malibran, 1985, p. 108-121.

Clair Rowden, « Decentralisation and Regeneration at the Théâtre des Arts, Rouen, 1889-1891 », Revue de musicologie, 94/1 (2008), p. 139-180.

Pour citer ce dossier

Joann Élart (dir.), « La création française de Samson et Dalila à Rouen en 1890 », Dezède [en ligne]. dezede.org/dossiers/id/1/ (consulté le 28 mars 2017).