Le répertoire des Concerts populaires de musique classique, plus connus sous le nom de Concerts Pasdeloup, réunit les 593 programmes de cette société de concerts entre la première prestation de son orchestre, le 27 octobre 1861, et le décès de son fondateur le 13  août 1887.

Contexte historique

C’est en 1861 que Jules Pasdeloup (1819-1887), compositeur, enseignant et chef de l’orchestre de la Société des jeunes artistes du Conservatoire impérial de musique depuis 1852, décide de fonder une société de concerts avec l’ambition de diffuser la musique classique auprès des « masses ». S’il s’inspire, pour les programmes, du modèle de la Société des concerts du Conservatoire, Pasdeloup s’en distingue toutefois en installant son orchestre dans un cirque situé au sein d’un quartier populaire de la capitale et en pratiquant des prix d’entrée modiques. Le succès est au rendez-vous et ne se dément quasiment pas jusqu’au « Festival de retraite de M. J. Pasdeloup » le 31 mai 1884, qui rassemble les principaux compositeurs français venus remercier le chef d’orchestre pour son action en faveur de la musique en général et de la musique française en particulier. En réalité, cette apothéose finale dissimule un lent processus de déclin entamé depuis une décennie. Les Concerts populaires résistent mal, après la chute du Second Empire, à la concurrence des Concerts Colonne (1873) et des Concerts Lamoureux (1881). La reconstitution de l’orchestre en 1886, pour une saison à l’issue de laquelle Pasdeloup devait décéder, n’ajoute rien à la gloire de cet infatigable passeur à l’origine du mouvement symphonique français moderne.

Sources et protocole

Sources

Le répertoire des Concerts Pasdeloup a été réalisé à partir de plusieurs collections de programmes se présentant sous des formes diverses.

La première est celle éditée dans l’ouvrage d’Antoine-Amable-Élie Elwart intitulé Histoire des Concerts populaires de musique classique, contenant les programmes annotés de tous les concerts donnés au Cirque Napoléon depuis leur fondation jusqu’à ce jour, suivie de « Six esquisses sur la vie et sur les œuvres de J. Haydn, Mozart, Beethoven, Weber, Mendelssohn et R. Schumann » (2e éd., Paris, Librairie Castel, 1864, 142 p.). Les pages 29 à 78 reproduisent les programmes imprimés sur des affiches-programmes diffusées avant le concert. Édité en 1864, l’ouvrage d’Elwart réunit les programmes de tous les concerts entre le premier (27 octobre 1861) et le soixante-deuxième (13 décembre 1863). Source secondaire, le travail d’Elwart est néanmoins un document précieux dans la mesure où la première saison est entièrement absente des autres collections.

C’est notamment le cas du fonds Adolphe Jullien, très lacunaire jusqu’en 1873. Musicographe reconnu, Adolphe Jullien (1845-1932) a réuni sur dix-huit cahiers (cotés 117 320), entre 1863 et 1926, les programmes des concerts des quatre principaux orchestres parisiens (les concerts Pasdeloup, Colonne, Lamoureux et la Société des concerts du Conservatoire). Les premières pages du deuxième tome, l’un des deux consacrés aux Concerts Pasdeloup, contiennent les programmes découpés dans un périodique indéterminé — probablement Le Ménestrel — ou retranscrits à la main. Entre le 3 novembre 1867 et l’ultime concert du 8 avril 1887, le fonds Adolphe Jullien contient 333 annonces, affiches-programmes ou programmes de salle. Son intérêt réside aussi dans les annotations manuscrites qu’il contient, probablement de la main du collectionneur lui-même. Le plus souvent, elles portent sur les changements de programme de dernière minute. Une présentation plus détaillée du fonds Adolphe Jullien figure dans Yannick Simon, « Le fonds Adolphe Jullien conservé à la Bibliothèque historique de la ville de Paris », Fontes Artis Musicae, 61/2 (April-June 2014), p. 138-151.

La collection de programmes la plus complète est celle conservée à la bibliothèque de l’Institut sous la cote 4°. N. S. 5941 (I-V). Léguée à l’académie des Beaux-arts en avril 1930 (don 100 459), elle réunit 527 programmes entre le 12 octobre 1862 et le 31 octobre 1886 dans cinq volumes reliés. Ce mode de présentation diffère de celui du fonds Adolphe Jullien dans lequel les programmes sont collés sur les pages d’un recueil factice, et sont, le plus souvent, des affiches-programmes destinés à annoncer le concert et à en promouvoir le contenu. À l’inverse, la collection de l’Institut se compose de programmes de salle sur lesquels le programme est parfois actualisé peu avant le concert. De plus, le mode opératoire du fonds Adolphe Jullien rendant souvent impossible la consultation du verso des programmes (sur lesquels sont parfois reproduits les textes des pièces vocales et des extraits d’opéras chantés), la collection de la bibliothèque de l’Institut s’avère précieuse.

Au nombre de 423 (sans compter les doublons), les documents conservés à la Bibliothèque nationale de France (Bibliothèque-Musée de l’Opéra) sont des programmes de salle, cotés PRO. B. 94, PRO. B-96, PRO. B-97 et C. 315 (1-3). Même s’ils sont moins nombreux, ils sont comparables à ceux de la bibliothèque de l’Institut.

Actif tout au long de la période étudiée et consultable en ligne, Le Ménestrel, tant par les programmes (paraissant le jour même des concerts dominicaux) que par les comptes rendus (le plus souvent la semaine suivante), est une ressource intéressante qui complète les sources primaires évoquées ci-dessus, de plus, sur l’ensemble de la période étudiée. On consultera aussi avec intérêt les livraisons antérieures et postérieures à chacun des concerts de la Revue et Gazette musicale de Paris même si ses activités s’interrompent en 1880.

Néanmoins, pour constituer ce répertoire, nous avons donné la priorité aux programmes de salle conservés à la bibliothèque de l’Institut et à la Bibliothèque nationale de France (Bibliothèque-Musée de l’Opéra). Les affiches-programmes du Fonds Adolphe Jullien et leurs annotations sont venues en complément des sources privilégiées. En l’absence de programmes imprimés, nous avons utilisé ceux publiés dans la presse et reproduits ou transcrits dans le Fonds Adolphe Jullien.

Le tableau associé aux archives de chacun des événements permet de prendre connaissance des sources que nous avons consultées.

 

Protocole

Sauf exceptions (les saisons 1870-1871, 1885-1886 et 1886-1887), l’orchestre dirigé par Jules Pasdeloup donne chaque saison entre 23 et 30 concerts. La plupart intègre une ou plusieurs séries de concerts accessibles par abonnement. Viennent s’y ajouter quelques concerts extraordinaires et le traditionnel concert spirituel du vendredi saint. Au total, entre le 27 octobre 1861 et le 8 avril 1887, on dénombre 593 concerts. Nous avons fait le choix de ne pas adjoindre à cet ensemble quelques prestations qui sortaient de ce cadre et en auraient altéré l’unité. Il s’agit, du moins pour ceux que nous avons identifiés, d’une prestation à l’église Saint-Eustache (Revue et Gazette musicale de Paris, 22 mars 1863 p. 93), de la « Fête extraordinaire musicale et dramatiques donnée par l’association de prévoyance des employés civils de l’État le vendredi 25 avril 1884 » (collection de programmes de la bibliothèque de l’Institut) ou les événements intitulés « Concert-Pasdeloup » donnés à l’Éden-Théâtre les 5 et 12 mars, 19 et 26 mai 1883 (collection de programmes de la bibliothèque de l’Institut).

Les 593 événements du dossier se présentent de la même manière : une date, un lieu et un horaire, la distribution permanente (le chef d’orchestre et la formation), un programme composé d’éléments de programme associés, le cas échéant, à des solistes, des notes.

Presque tous les concerts se déroulent dans une salle de spectacle connue actuellement sous le nom de « Cirque d’hiver ». Nous avons fait le choix de ne mentionner que ce titre même si deux autres l’ont précédé avant la saison 1871-1872 : Cirque Napoléon jusqu’à la chute du Second Empire et Cirque national pendant la saison 1870-1871.

Les notes rassemblent des informations portant sur l’ensemble du concert et d’autres associées à un élément de programme. Dans ce second cas, elles sont précédées du numéro de l’élément de programme.

Sauf exception, la première catégorie concerne uniquement le titre du concert : sa numérotation dans la saison (« 1er de la 1re série » ; « concert extraordinaire ») et, éventuellement, une circonstance (« Festival Pasdeloup »). Seuls les concerts du vendredi saint font l’objet d’une caractéristique d’événement mentionnée en dessous du lieu et de l’horaire.

La seconde catégorie de notes est plus importante et rassemble les informations très diverses associées aux éléments de programme dont le numéro est mentionné. On évoquera ici les plus importantes :

- la liste des extraits d’une même œuvre lorsque leur nombre est supérieur à deux ;

- les présentations d’œuvre imprimées sur les affiches-programmes et/ou des programmes de salle lorsqu’ils présentent un intérêt particulier ;

- les informations concernant la nouveauté de son audition ; elles sont reproduites en note sans avoir pu être vérifiées : première audition en France, création ou création mondiale ; le plus souvent, il s’agit de la formule « première audition » ou d’autres équivalentes (toutes présentées sous cette forme unique : « 1re aud. »), qui désigne de manière elliptique une première audition aux Concerts Pasdeloup ;

- les noms des solistes de l’orchestre se voyant confier une partie solo — tandis que le nom des concertistes est signalé à la fin de l’élément de programme ;

- les éléments pouvant aider à identifier une œuvre qui ne l’est pas avec précision.

Les informations entre guillemets sont issues des programmes de salle ou des affiches-programmes.

Les extraits d’œuvres vocales et d’opéras sont à l’origine des principales difficultés rencontrées. La première est liée au nombre des extraits. Lorsqu’il est supérieur à deux, les extraits d’une même œuvre sont détaillés en note. La deuxième porte sur la localisation des fragments vocaux ou symphoniques dans l’opéra dont ils sont issus. Des mentions telles que « un air » ou « un fragment » témoignent d’une imprécision insoluble. La deuxième découle de la langue lorsqu’il s’agit d’un ouvrage non francophone. Si la pratique de la traduction est, comme sur toutes les scènes françaises, la norme, elle connait des exceptions qui doivent inviter à la prudence, notamment lorsque les interprètes ne sont pas français. En cas de doute, plutôt que d’indiquer une version française sans la moindre certitude, nous avons préféré ajouter en note la mention « Version en français ? » Encore faudrait-il avoir bien identifier la traduction française employée. Certains opéras, et tout particulièrement ceux de Richard Wagner, en connaissent plusieurs. Dans la mesure du possible, nous avons aussi réalisé cette distinction.

Bibliographie indicative

Antoine-Amable-Élie Elwart, Histoire des Concerts populaires de musique classique, contenant les programmes annotés de tous les concerts donnés au Cirque Napoléon depuis leur fondation jusqu’à ce jour, suivie de « Six esquisses sur la vie et sur les œuvres de J. Haydn, Mozart, Beethoven, Weber, Mendelssohn et R. Schumann », 2e éd., Paris, Librairie Castel, 1864, 142 p.

Yannick Simon, Jules Pasdeloup et les origines du concert populaire, Lyon, Symétrie, 2011, 277 p.

Yannick Simon, « Le fonds Adolphe Jullien conservé à la Bibliothèque historique de la ville de Paris », Fontes Artis Musicae, 61/2 (April-June 2014), p. 138-151.

Yannick Simon, « Les voyages de Monsieur Pasdeloup. Propagation d’un modèle et d’un répertoire symphonique », Ad Parnassum, 15/30 (octobre 2017), à paraître.

Yannick Simon, « Les voyages de Monsieur Pasdeloup (1864-1883) », Dezède [en ligne]. dezede.org/dossiers/id/46/ (consulté le 19 juin 2017), à paraître.

Pour citer ce dossier

Yannick Simon, « Concerts Pasdeloup (1861-1887) », Dezède [en ligne]. dezede.org/dossiers/id/249/ (consulté le 13 décembre 2017).