Créés par Denise Tual avec l’aide d’André Schaeffner et le soutien de Gaston Gallimard, les concerts de la Pléiade sont, dans un premier temps, des manifestations sur invitations organisées dans la galerie Charpentier à Paris. À partir du 21 juin 1943, ils deviennent publics et s’installent dans différentes salles de la capitale : salle Gaveau, salle du Conservatoire, Théâtre des Champs-Élysées. Seize concerts sont organisés entre le 8 février 1943 et le 22 mai 1947.

Contexte historique

L’inauguration des « Concerts de la Pléiade (musique française) » le 8 février 1943 est très souvent présentée comme une date importante de la vie musicale en France sous l’Occupation. Elle intervient six jours après la capitulation du général Paulus devant Stalingrad qui constitue un tournant dans le déroulement de la Seconde Guerre mondiale. Désormais, chacun sait que l’armée allemande n’est pas invincible et que, prise en étau entre, d’une part, les forces de l’Union soviétique, et, d’autre part, la coalition regroupée autour des États-Unis (qui a commencé son déploiement en Afrique du nord), son temps est compté. Même si deux années seront nécessaires pour mettre un terme aux hostilités et aux massacres qui les accompagnent, il n’empêche que, dans les territoires occupés, et notamment en France, l’espoir renaît doucement. Après la Libération, les Concerts de la Pléiade ont été considérés, d’une manière qu’il convient néanmoins d’interroger, comme l’une des manifestations de ce début de renaissance.

À l’origine de ce projet tout autant musical que mondain figure Denise Tual (1906-2000), productrice de films associée à son mari Roland (1904-1956), qui s’assure les services de l’ethnomusicologue André Schaeffner (1895-1980) et le soutien de l’éditeur Gaston Gallimard (1881-1975) dont le nom de sa plus prestigieuse collection, la Pléiade, est donné à cette entreprise. Dix concerts sont organisés entre le 8 février 1943 et la fin de l’Occupation. Les cinq premiers, sur invitation, sont accueillis par la galerie Charpentier, domiciliée 76 faubourg Saint-Honoré. Les suivants, devenus publics, sont transférés salle Gaveau puis dans la salle du Conservatoire. Les programmes sont essentiellement composés de musique française, ancienne et moderne. Platée, comédie-ballet de Rameau, fait l’objet d’un concert spécifique. Mais si la première partie du concert inaugural est consacrée à Janequin, Le Jeune et Passereau, la seconde est réservée à des compositeurs français du xxe siècle : Debussy, Ravel, Poulenc et Stravinsky (compositeur de nationalité française depuis sa naturalisation en 1934). Au cours des concerts suivants, des œuvres de jeunes compositeurs français, peu ou pas connus (Damais, Ciry, Preger, Sauguet, etc.), sont programmées. Le concert du 10 mai 1943, qui voit Messiaen donner en première audition ses Visions de l’Amen avec le concours d’Yvonne Loriod, est probablement le plus important de ce corpus.

Moins d’une année sépare le dernier concert de l’Occupation, le 13 juin 1944, du premier de la France libéré le 21 avril 1945. Il sera suivi de cinq autres manifestions. Celle du 22 mai 1947 est aussi la dernière de ce cycle éphémère. La programmation ne semble pas fondamentalement affectée par la fin de l’Occupation et c’est une œuvre de Messiaen, les Trois Petites Liturgies de la présence divine, qui se distingue dans le programme du premier concert de la Pléiade dans Paris libéré.

Sources et protocole

Ce dossier a été constitué à l’aide de deux collections de programmes des concerts de la Pléiade conservés au département de la musique de la Bibliothèque nationale de France :

1. Concerts de la Pléiade (Paris), Res VM DOS- 70 (2) : collection complète contenant treize programmes de salle originaux et trois autres sous la forme de photocopies (3 mai, 10 mai et 7 juin 1943) ;

2. Fonds de programmes, Concerts de la Pléiade (musique française) : contient trois programmes de salle originaux (22 mars et 28 juin 1943, 21 avril 1945) et deux autres sous la forme de photocopies (28 juin 1943 et 23 novembre 1945).

Bibliographie indicative

Pierre AssoulineGaston Gallimard, un demi-siècle d’édition française, Paris, Balland, 1984, 493 p.

Myriam Chimènes, « Les Concerts de La Pléiade. La musique au secours de la sociabilité »La musique à Paris sous l’Occupation, Myriam Chimènes et Yannick Simon (dir.), Paris, Fayard/Cité de la musique, 2013, p. 39-57.

Myriam Chimènes (dir.), La vie musicale sous Vichy, Bruxelles, Complexe, coll. « IHTP-CNRS », 2001, 420 p.

« Les concerts de la Pléiade (1943-1947) », La Lettre de la Pléiade [en ligne], 25 et 26 (août-septembre 2006 et octobre-novembre 2006).

Nigel Simeone, « Messiaen and the Concerts de la Pléiade : “A kind of Clandestine Revenge against the Occupation” », Music and letters, 81 (november 2000), p. 551-584.

Yannick Simon, Composer sous Vichy, Paris, Symétrie, 2009, 424 p.

Denise Tual, Le temps dévoré, Paris, Fayard, 1980, 305 p.

Pour citer ce dossier

Yannick Simon, « Concerts de la Pléiade (1943-1947) », Dezède [en ligne]. dezede.org/dossiers/id/8/ (consulté le 21 novembre 2017).